Septembre 2001
 

ANAOF : Congrès annuel 2001

Retour sur les principaux sujets de discussion des membres de l’ANAOF réuni en congrès annuel en juin dernier, à Sancerre au Pays du Crottin de Chavignol. Synthèse des débats par Pierre Brohier.

Une année 2000 difficile
L’année 2000 aura été particulièrement difficile pour le secteur de l’élevage. Les tempêtes des 26 et 27 décembre 1999 ont sinistré un certain nombre de régions, et les éleveurs et parfois des entreprises ont terminé l’hiver dans des situations précaires.
L’hiver 2000-2001 n’aura pas été meilleur. Une pluviométrie élevée pour certains, un enneigement important pour d’autres auront rendu difficile la production laitière voire empêcher son évolution habituelle au début de ce printemps, causant parfois aux entreprises des problèmes d’approvisionnement en matière première.
Ces aléas climatiques font cependant partie des risques du métier et même s’ils restent en mémoire bien plus que les bonnes périodes, nous avons l’habitude de les voir passer... et espérons pour nous tous que nous en connaîtrons d’autres !!!
D’autres crises au cours de cette année ont frappé nos filières animales avec assurément des répercussions plus graves. Nous avons encore subi un certain nombre d’alertes à la listéria (535 en 2000 dont 370 dues aux produits laitiers). Certes elles ont été plus ou moins médiatisées mais à chaque fois ont semé le doute sur la qualité de nos produits. Surtout que régulièrement on retrouve amalgamé le triptyque = Listeria = fromage au lait cru = fromage AOC. Certains de nos produits se sont vus ainsi sévèrement attaqués.
Est arrivée aussi au mois d’octobre la crise de l’ESB. Si elle est surtout douloureuse pour la filière viande, elle n’est pas sans répercussions sur notre monde laitier. Pour les consommateurs, notre manière de produire a véritablement été remise en cause.
Enfin plus récemment la fièvre aphteuse a créé des situations très difficiles pour les producteurs et fabricants de trois de nos AOC.

Des consommateurs de plus en plus exigeants
Avec ces différents événements, une prise de conscience s’est faite chez le consommateur avec à la fois la demande d’être pleinement rassuré sur la qualité de son alimentation allant jusqu’à l’exigence du risque zéro, d’être informé sur la manière dont est produite cette nourriture en alliant la traçabilité au respect de l’environnement et au bien être des animaux. Cependant, il veut garder du plaisir à consommer de cette alimentation est le support d’un vaste système de communication et d’échanges : les goûts, les modes de vie, les régions d’origine, le groupe social déterminent énormément les comportements alimentaires.

Défendre notre identité
Nos AOC ont aussi bien d’autres échéances à affronter. Avec la renégociation de l’OMC, deux secteurs vont être à défendre.
Dans le cadre de la mondialisation des échanges et de la possibilité qui sera donnée aux pays tiers de nous exporter du lait ou des produits laitiers à des prix moindres que ceux que nous connaissons actuellement, nombre de régions (de montagne comme de plaine d’ailleurs) ne pourront être compétitives tant à la fois par leurs conditions naturelles de production que la densité et les difficultés de collecte. Elles devront pour maintenir leur production pouvoir valoriser leur lait à un coût supérieur à ce prix mondial.
Dans ce même cadre nous devons continuer à défendre face à nos détracteurs cette identité culturelle européenne et française que sont nos AOC avec les points forts qui s’y attachent : mode de production, maintien d’un certain type d’environnement, spécificité du lait cru. Ce sont les seules conditions du maintien d’un prix du lait élevé dans les régions difficiles.
Nous devons aussi nous positionner face à l’entrée des PECO.
Indépendamment des problèmes posés par une possibilité de production laitière à des prix inférieurs aux nôtres et malgré quelques décennies de régime étatique, ces pays ont une tradition de production fromagère et au niveau européen, nous devrons travailler à amalgamer ces traditions fromagères à notre concept d’AOP.
Dans le cadre de L’OMC nous allons devoir faire reconnaître les spécificités de nos AOC et les particularités des conditions de production qui échappent à la logique productiviste actuellement en vigueur : aides ciblées à la production (primes maïs/prime herbe), reconnaissance du caractère artisanal et créateur d’emplois dans la fabrication, encadrement de la mise en marché vont devoir être la cible de notre action.

Quelles solutions doit-on adopter pour sauvegarder nos AOC ?
Devant de tels faits, nous nous sommes donc interrogés ce matin sur l’avenir de nos AOC et sur la mise en place d’un certain nombre de points essentiels. Nous considérant comme les artisans de ces filières, nous avons voulu nous positionner pour mettre de notre côté toutes les chances de notre réussite.
Devant l’ampleur de tels problèmes, il nous semble indispensable que se mette rapidement en place une structure unique d’expression de toutes les AOC en étroite relation avec l’interprofession laitière.
La tâche est immense, la division ne fait qu’apporter la confusion et l’inefficacité. Sur proposition d’André Valadier certaines bonnes volontés ont tenté de mettre en place une telle structure. Nous ne pouvons que souscrire à leur démarche, cependant nous maintenons une condition qui nous semble essentielle pour la réussite d’une telle entreprise : à savoir l’égalité des syndicats dans le cadre décisionnel. Il en va de la réussite du projet car nombre de syndicats n’accepteront pas d’être considérés comme des sous produits au profit d’autres.

Les conditions de production, garantes de la typicité et de l’authenticité.
Au niveau des conditions de production d’abord (thème présenté par MM. Veschambre et Chassard) : Les conditions de production sont garantes de la typicité et de l’authenticité. Les différents éléments qui les composent (race, alimentation, conduite de l’exploitation etc.) doivent impérativement se retrouver dans la spécificité du produit. On remarque encore aujourd’hui une grande disparité entre les AOC.
Si certaines sont bien définies, d’autres sont encore très floues. Beaucoup ont des conditions semblables et on voit par là que la typicité ne vient pas seulement des producteurs. Un certain nombre de ces conditions de production ne sont le fait que d’une interdépendance des acteurs entre eux. C’est le cas du sanitaire et de la bacterio.
Le respect de ces conditions de production ne peut que s’accompagner d’une performance économique avec une plus value également répartie entre tous les maillons de la filière.
Sans cette performance économique, pas d’avenir pour une AOC. Aucune fonction politique ni économique n’est à attendre d’une Appellation qui n’a pas de spécificité en production.
La pérennité des AOC mal définies est aujourd’hui sérieusement remise en cause ; n’importe comment elles ne seront pas armées pour affronter les différents problèmes évoqués au préalable et qui vont se poser à la filière laitière.
Suite aux crises successives le consommateur est déboussolé. Il a besoin de repères. Il ne consacre plus que 15 % de son budget à son alimentation, en consacrant de plus en plus aux loisirs. Les AOC peuvent faire partie de ce budget loisir. La segmentation du marché leur laisse une chance. L’AOC véhicule toute une image de rêves, de souvenirs, de plaisirs qui n’ont plus rien à voir avec le strict besoin alimentaire.
Pour ce faire les AOC doivent s’appuyer sur des signes forts :
- tel que le lait cru : il est indispensable d’en résoudre les aspects sanitaires et pour cela de s’en donner les moyens, méthode de conservation des fourrages, compactages de fumiers etc.
- tel que l’affirmation des aspects organoleptiques : aspects positifs de l’herbe avec l’influence de la variété floristique des prairies naturelles plutôt que des prairies temporaires.
N’oublions pas enfin que notre but est de maintenir des exploitations agricoles et une vie en milieu rural. Dans 10 ans nous n’aurons plus que 30 000 à 60 000 producteurs de lait avec des conditions de travail et de revenus qui seront nettement en dessous de ceux du reste de la société, se posera alors véritablement le problème des installations.
Nous devons véritablement réfléchir à ce que doivent être les orientations des investissements pour une production AOC : systèmes fourragères, alimentation sèche, conditions de collecte etc.
A ce moment nous nous sommes interrogés sur les mesures à prendre pour garantir un revenu aux éleveurs (intervention de M. Bernat) : La rareté d’un produit crée sa notoriété. Il est donc indispensable en AOC d’avoir une maîtrise de la production de lait et de la mise en marché. Les transformateurs sont trop dépendants de la distribution pour défendre une véritable politique de prix des AOC.
La question se pose donc de savoir comment les producteurs doivent agir sur la distribution pour faire respecter cette valeur ajoutée liée aux produits d’AOC ? Et la proposition l’organisation dans le cadre des syndicats d’un observatoire des prix des AOC dans la distribution avec pression des producteurs pour faire respecter certains planchers. Il est cependant nécessaire de faire attention à tout ce qui accompagne le prix de vente d’un produit et d’en tenir compte dans la revendication.

La diversité des signes de qualité
Autre point important évoqué ce matin est la diversité des signes de qualité et l’articulation entre eux (présentation de M. Morelon) : Dans l’univers des signes de qualité, les AOC subissent un déficit de reconnaissance. Alors que le label rouge et le bio bénéficient d’une promotion intense dans les médias, le taux de notoriété des AOC ne bouge pas.
Pour leur réussite, celles-ci ont pourtant des forces que sont la démarche interprofessionnelle, la tradition, la typicité qui les expose d’ailleurs parfois aux contrefaçons, la traçabilité avec le système des agréments, la diversité des approches. Elles ont aussi leurs faiblesses.
La diversité des approches d’ailleurs peut en être une avec des conditions de production très différentes, une segmentation extrême du marché, un certain flou aux yeux du consommateur. Le système des contrôles pose aujourd’hui problème. Même s’ils sont confortés par les pouvoirs publics, le système d’auto-contrôles professionnels des agréments crée un doute, les acteurs de la filière paraissant juges et parties. Nous n’oublions pas d’ailleurs tous les moyens mis à notre disposition tel que le contrôle des conditions de production (quand elles existent) et la déclaration d’aptitude. Il reste que des contrôles effectués par des organismes tiers donnent une certaine confiance aux consommateurs.
Dans la concurrence avec l’agriculture biologique, il nous faut affirmer nos différences qui s’appuient sur la démarche interprofessionnelle, sur le fait que l’AOC ne se situe pas seulement au niveau de la production mais sur l’ensemble de l’élaboration. Enfin les produits biologiques ne doivent leur prix élevé qu’à leur rareté. Une telle situation pourrait un jour être inversée (c’est le cas au Danemark).
La relation AOC/AOP semble généralement facile : l’AOP ne servant qu’à conforter la protection au niveau européen et international des AOC nationales. En fait le problème est plus complexe. La notion d’AOC n’est pas la même dans tous les pays de l’Union européenne. Les exigences que nous nous imposons ne se retrouvent pas ailleurs. Le concept n’est pas appréhendé de la même façon et on peut ainsi ressentir une certaine concurrence déloyale. Le signe AOP identifie des produits en fait très différents.

Quelle communication ?
Un point très important enfin apparaît dans le manque de notoriété de l’AOC : la faiblesse de la communication.
Après que M. de Coatpont ait fait un bilan des dernières campagnes de promotion, un certain nombre d’avis ont été dégagés pour servir d’orientation à la communication : compte tenu de nos faibles moyens, il y a nécessité à chercher la complicité des médias pour faire connaître nos spécificités et traduire la typicité en image globale. Il est nécessaire de lier une communication institutionnelle dans la durée développant plutôt le concept d’AOC sous toutes ses particularités.
Laissons plutôt aux marques qui disposent de budgets forts le soin de parler des produits. Si un projet précis avec des objectifs était défini, les syndicats se disent prêts à revoir leur participation au budget promotionnel pour plus d’efficacité.

Nos relations avec l’Administration
Dernier point abordé : les relations avec l’Administration (intervention de M. Bourges) Dans son intervention, Eric Bourges a présenté un panorama des différentes administrations auxquelles est confronté le secteur des AOC. Les relations sont souvent bonnes, parfois, à améliorer.
Il regrette que les professionnels ne soient pas davantage associés aux décisions de l’Administration notamment dans les situation de crise, d’où la nécessité pour nous de nous impliquer au maximum dans ces décisions, voire même d’organiser une certaine forme de lobbying afin de mieux faire comprendre les besoins de notre profession.
En tout état de cause, nous ne devons pas laisser «la chaise vide», les absents ayant toujours tort.