Septembre 2001
 

C’est quoi l’agriculture raisonnée ?

A lire en 10 points pour mieux comprendre l’Agriculture Raisonnée.

1 - L’Agriculture Raisonnée a-t-elle un cahier des charges reconnu ?
Un référentiel officiel et protégé de l’Agriculture Raisonnée sera publié courant 2001. Il concernera l’exploitation agricole dans sa globalité. Jusque-là, le Socle Commun de l’Agriculture Raisonnée, élaboré par le Conseil Scientifique de FARRE et publié en janvier 2000 peut servir de base. Il est notamment appliqué par les agriculteurs membres du réseau des Fermes de rencontre FARRE. Par ailleurs, certaines filières ont publié des «Guides» ou des «Chartes» de production raisonnée par produit.

2 - Quelle différence entre Agriculture Raisonnée et Intégrée ?
Aucune : le vocable «Agriculture Raisonnée» est la traduction française du concept «Integrated Farming» (Agriculture Intégrée) des Anglo-Saxons. Ce concept insiste sur l’importance d’une approche globale de l’exploitation agricole, notamment pour une meilleure prise en compte de l’environnement. Le terme «raisonné» a été préféré à «intégré» afin de rendre la notion plus compréhensible par le grand public et acceptable par les agriculteurs (éviter la confusion avec l’intégration économique).

3 - Quel lien entre Agriculture Raisonnée et Agriculture Durable ?
L’Agriculture Raisonnée est une forme d’Agriculture durable, répondant aux principes du développement durable, définis par la Conférence de Rio : satisfaire les besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Il s’agit d’un engagement en faveur d’une agriculture à la fois économiquement viable, responsable vis-à-vis de l’environnement et socialement acceptable. L’Agriculture Raisonnée, qui ne s’adresse pas à une élite mais bien à l’ensemble des agriculteurs qu’elle encourage à mieux préserver l’environnement, est la forme la plus crédible et la plus reproductible d’agriculture durable.

4 - Quelle est la différence entre Agriculture Raisonnée et Biologique ?
Elles partagent un objectif commun : celui de produire en respectant l’environnement. Sur le plan technique, la principale différence est que l’Agriculture Raisonnée ne s’interdit pas l’utilisation de produits chimiques de synthèse.
Ainsi, pour la protection des cultures, malgré la mise en oeuvre de mesures préventives, des maladies, ravageurs ou mauvaises herbes peuvent se développer et compromettre la qualité et la quantité de la récolte. Après un diagnostic précis et une évaluation rigoureuse du risque, l’agriculteur peut être amené à l’intervenir au moyen de méthodes de lutte biologique, mécanique, thermiques, ou si celles-ci s’avère insuffisamment efficaces, au moyen de produits chimiques de synthèse.
L’Agriculture Biologique répond à la demande de consommateurs qui souhaitent acheter des produits obtenus sans emploi d’engrais chimiques ou de pesticides de synthèse. Elle bénéficie d’un signe officiel de qualité, le logo AB, et elle est pratiquée sur 1 à 1,5 % des surfaces cultivées en France. L’Agriculture Raisonnée quant à elle, est en cours de réglementation et s’oriente vers une qualification des exploitations, garantissant des modes de production. Elle a vocation à concerner, à terme, la majorité des exploitations agricoles.

5 - Agriculture Raisonnée : intensive ou extensive ?
Le terme «intensif» a une connotation péjorative et il est souvent confondu avec productiviste, c’est-à-dire qui vise à produire au maximum, sans prendre en compte les autres facteurs qui sont l’environnement, la qualité, l’emploi... par définition, l’Agriculture Raisonnée tient compte des conditions de sol, de climat, d’environnement naturel, économique et social. Elle n’oppose pas agriculture intensive et extensive qui sont complémentaires sur la plus grande partie du territoire. Selon les régions et les situations, elle pourra donc être intensive ou extensive, et parfois les deux sur une même exploitation, en fonction des productions et des caractéristiques des sols (potentiel agronomique, pente, situation par rapport aux cours d’eau...).

6 - L’Agriculture Raisonnée est-elle garante d’une meilleure sécurité alimentaire ?
La sécurité sanitaire est une exigence fondamentale pour tous les produits agricoles, quel que soit leur mode de production. Elle n’est donc pas spécifique à l’Agriculture Raisonnée. Néanmoins, le respect des principes et l’application des techniques de l’Agriculture Raisonnée peuvent contribuer à une meilleure maîtrise des risques sanitaires.

7 - Pratiquer l’Agriculture Raisonnée revient-il plus cher ?
Il n’y a pas de règle générale : nourrir les plantes et les animaux en évitant tout gaspillage, ne les soigner qu’après évaluation des risques, peut permettre des économies d’intrants (engrais, pesticides, aliments, médicaments, eau...), et donc une réduction des coûts.
En revanche, pratiquer l’Agriculture Raisonnée peut engendrer un surcoût en services : temps d’observation, analyses, logiciel, main-d’oeuvre, conseils de techniciens. En outre, des investissements en matériels, produits spécifiques, aménagements particuliers ou formation peuvent être nécessaires, notamment pour la prévention des pollutions. Tout cela représente souvent un coût sans contrepartie en productivité. Transitoirement, mettre son exploitation en conformité avec les exigences de l’Agriculture Raisonnée peut donc engendrer un coût pour l’agriculteur.

8 - Combien d’agriculteurs pratiquent déjà l’Agriculture Raisonnée ?
Actuellement, en l’absence de référentiel officiel, il est difficile de donner un chiffre. Toutefois, à l’occasion d’un sondage réalisé fin 2000 auprès de 330 agriculteurs, 48 % d’entre eux déclaraient pratiquer l’Agriculture Raisonnée sur l’ensemble de leur exploitation. Le dispositif de Qualification des exploitations qui devrait être prochainement mis en place, permettra de recenser les exploitations en démarche Agriculture Raisonnée.

9 - L’Agriculture Raisonnée et l’Europe ?
L’Agriculture Raisonnée, appelée « Integrated Farming » se développe en Europe. Pour éviter les distorsions de concurrence entre producteurs et protéger les consommateurs, l’Europe doit adopter des règles communes claires. Un premier projet de « Codex européen de l’Agriculture Raisonnée » (Common Codex for Integrated Farming) a été publié en janvier 2001, à partir des expériences recueillies dans les 6 pays européens qui comptent des associations comparables à FARRE.
A noter qu’une Résolutions, adoptée par le Parlement Européen en 1998, demande la mise en place d’une réglementation européenne sur l’Agriculture Raisonnée.

10 - Peut-on reconnaître les produits issus de l’Agriculture Raisonnée ?
La majorité des produits issus de l’Agriculture Raisonnée est vendue sans identification spécifique. On peut cependant en trouver avec une identification «Agriculture Raisonné» sous 3 formes différentes :
• Des marques commerciales de distributeurs ou de groupements de producteurs. Elles s’appuient généralement sur un cahier des charges propre à ces opérateurs.
• Un logo «Atout Qualité Certifié», correspondant à une «Certification de Conformité Produit», l’un des signes officiels de qualité français, délivrée sur la base d’un cahier des charges validé par le Ministère de l’Agriculture.
• La mention «issu d’une exploitation respectant les principes de l’Agriculture Raisonnée», plus récente.
L’Agriculture Raisonnée n’ayant pas vocation à être un signe de qualité «produit» supplémentaire, l’information sur le mode de production sera donc probablement donné grâce à une mention de ce type. Ceci devrait être défini dans le cadre de la réglementation à venir.