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Un grand cru des Pays de Savoie
depuis 1132 : Tamié

La maison de Savoie a joué un rôle important à la création de l'Abbaye de Tamié. Depuis l'histoire de l'abbaye se mêle étroitement à celle des Pays de Savoie.C'est l'archevêque Pierre de Tarentaise qui fonde, avec l'assentiment du Comte de Savoie Amédé III, une abbaye cistercienne au col de Tamié. Dès 1132, les moines accueillent les voyageurs et les sustentent avec le pain, le vin et les fromages de leur travail.
A l'époque, les Comtes de Savoie appelés "Portiers des Alpes" tirent leur puissance et leur richesse du contrôle des cols alpins.

L'influence de la Maison de Savoie :

En 1476, le Comté devient Duché. Le Duc de Savoie acquiert le droit de désigner les Abbés de Tamié. La "Commende" ainsi nommée, appauvrit l'Abbaye : les Abbés vivent à l'écart de la communauté tout en dilapidant les biens de l'Abbaye. Le sursaut arrive au XVIIe siècle. Le Duché s'est métamorphosé en Royaume de Sardaigne et le Roi installe son pouvoir à Turin sur l'autre versant des Alpes. La Savoie se tourne alors vers la France. C'est aussi en France à l'Abbaye de la Trappe (Orne) que l'abbé de Tamié va chercher son inspiration pour restaurer l'idéal cistercien.
Ce renouveau spirituel rapproche l'Abbaye de Tamié et la Maison de Savoie : Victor Amédée II séjourne plusieurs fois à l'Abbaye.
En 1792, les révolutionnaires français entrent en Savoie et chasses les moines du vallon de Tamié. Les terres, les forges et la fromagerie sont vendues ; abandonnés, les bâtiments de l'Abbaye se délabrent. Pour éviter la démolition, les Savoyards se mobilisent et Charles-Felix, roi du Piémont-Sardaigne rachète l'Abbaye en 1827.

Renaissance de la vie monastique au col de Tamié :

Quand, en 1860, les Savoyards votent leur rattachement à la France, les moines réintègrent les lieux. La communauté rétablit la fromagerie pour préserver son autonomie. D'ailleurs, la qualité de ses fromages et beurre au lait cru est à plusieurs reprises récompensée lors de concours agricoles. Grâce à son rayonnement spirituel, l'Abbaye est aujourd'hui un lieu de paix mais aussi d'échange entre la Savoie et la Haute-Savoie.
Le fromage, une authentique tradition TrappisteLa fromagerie de l'Abbaye de Tamié transforme chaque jour 4 000 litres de lait provenant des départements de Savoie et de Haute Savoie. Cette petite fromagerie régionale qui participe à la vie économique des Pays de Savoie n'est pas une entreprise comme les autres. Une éthique forte et originale caractérise cette activité économique.

Un élément de la vie monastique :

Le travail manuel tient une place importante dans le monde monastique; il participe avec la prière à l'équilibre de vie du moine. D'ailleurs, la Règle de St Benoît (écrite au VIe siècle) qui régit la vie de la communauté, stipule dans le chapitre 48 "Ils seront vraiment moines, s'ils vivent du travail de leurs mains". Ainsi, ce sont les moines eux-mêmes qui fabriquent le fromage de Tamié. C'est leur manière à eux de participer à l'oeuvre divine de la création. Actuellement, ils sont douze moines à travailler à la fromagerie cinq heures par jour, six jours par semaines.

La recherche d'un équilibre :

Mais le travail est au service d'une vie consacrée à Dieu. La fabrication des fromages s'organise autour des offices religieux qui, au nombre de sept, ponctuent la journée. De même, la fromagerie a été construite à l'intérieur de la clôture du monastère et l'outil de production est adapté aux besoins de la communauté. Ici, les moines doivent avant tout rester disponibles à leur engagement religieux.

L'assurance de l'autonomie :

La taille de la fromagerie est donc proportionnelle au nombre de moines capables de transformer le lait. La fabrication de fromages représente la principale source de revenus. Bien que la rentabilité soit nécessaire, les moines ne recherchent pas le profit à tout prix. La rentabilité assure l'autonomie de la communauté monastique et surtout permet à celle-ci de poursuivre son œuvre spirituelle en Pays de Savoie.

La journée d'un moine à l'abbaye de Tamié :

Au col de Tamié, des hommes ont choisi de consacrer leur vie à la recherche de Dieu. Chaque matin à 4 heures, les moines de l'abbaye de Tamié débutent leur journée par l'office de vigiles. Elle se poursuit par la "lectio divina" (l'étude des textes sacrés). Ainsi, sept fois dans la journée, la communauté monastique se réunit à l'église pour prier (Virgiles, Laudes et Messe, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies). Comme la prière et la "lectio divina", le travail manuel rythme cette journée bien remplie qui s'achève à 21 heures après complies.

Des fromagers de la Gruyère dans le Vallon de Tamié :

Après plusieurs années d'érrance, en 1677, les moines de l'Abbaye de Tamié élisent un nouvel Abbé qui rétablit les préceptes de la règle de St Benoît. Ce retour à l'idéal cistercien s'accompagne de la reconstruction de l'Abbaye et de la fromagerie. Les moines demandent conseil aux fromagers de la Gruyère dont certains s'installent sur les terres de l'Abbaye. La mise en commun des savoir-faire donne un nouvel essor à la fabrication des fromages. Ainsi, de tout temps, la fromagerie a assuré l'existence matérielle de l'Abbaye de Tamié.

Une fabrication élaborée avec le lait cru du Vallon de Tamié :

L'excellence d'un fromage dépend beaucoup du savoir-faire du Maître fromager. Elle relève également du choix de ses matières premières et, dans ce cas, la qualité du lait est primordiale. Ainsi, l'élaboration des fromages au lait cru de l'Abbaye de Tamié exige environ dix litres de lait pour un kilogramme de fromage. Afin de répondre à leur souci d'excellence, les moines collectent le lait chaque matin dans le vallon de Tamié et la Haute Combe de Savoie. Les fermes qui, aujourd'hui, fournissent le lait à la fromagerie sont au nombre de onze. La communauté monastique a instauré des liens privilégiés avec les propriétaires de ces exploitations agricoles, fermes traditionnelles et familiales : le père voire le grand-père apportait déjà leurs bidons de lait à la fromagerie. Cette confiance a permis de mettre en œuvre des mesures d'hygiène strictes et d'améliorer constamment la qualité du lait.
Si un matin de bonne heure, vous croisez le camion de lait de l'Abbaye, sachez qu'il transporte le précieux lait servant à confectionner les célèbres fromages et beurre au lait cru de l'Abbaye de Tamié.

Le Vallon de Tamié un pays riche de ses traditions :

En terre des pays de Savoie, il existe de doux vallons protégés des turbulences du monde urbain. Depuis le quaternaire, le massif calcaire des Bauges s'érige telle une citadelle et cache, en son coeur, quelques écrins de verdure. Afin de préserver son patrimoine rural, ce territoire a été élevé au rang de Parc Naturel Régional. Le vallon de Tamié, marqué depuis plus de neuf siècles par la présence des moines trappistes, appartient à ce site naturel. Le vallon de Tamié s'affirme dès le Moyen-Age comme un lieu d'échange entre les combes de Savoie et du Genevois. Malgrè un accès difficile, le col de Tamié permettait aux voyageurs d'éviter les crues de l'Isère et de l'Arly. La Maison forte de Seythenex ainsi que le Château des Chevron-Villette à Mercury témoignent de ce prestigieux passé.
Dès le XVe siècles, les moines de Tamié incitent les villageois à exploiter les mines de fer de la Bouchasse puis de la Sambuy. Le minerai de fer extrait et transformé en lingot était descendu vers Faverges, bourg industriel. Outre l'extraction du fer, les habitants du vallon tiraient profit du bois des forêts et canalisaient la force des torrents pour actionner leurs martinets, moulins et scieries (voir le moulin de la Touvière sur la commune de Mercury). Ces industries côtoyaient la production de lait nécessaire à la fabrication des fromages au lait cru de l'Abbaye de Tamié. Ainsi, les troupeaux fréquentaient les herbages du vallon et montaient en période estivale aux alpages de la Sambuy.
Avec le rattachement à la France, les activités de la mine et du bois ont disparu. Seule la production laitière pour la fromagerie de l'Abbaye de Tamié constitue l'une des principales activités du vallon avec le tourisme.

Un grand cru des Pays de Savoie depuis 1132 – Octobre 1999