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Les AOC en jeu Réuni à Toulouse en 1996, dans le cadre de son congrés lInstitut National des Appellations dOrigine (INAO) avait abordé des points essentiels du devenir de lAOC. Le débat reste ouvert et plus que jamais dactualité. Progrès technique et tradition : pas dincompatibilité majeure
Il a été, tout dabord, constaté que progrès
technique et tradition sopposent. Le progrès est positif,
cest le mouvement, le changement ; la tradition, cest limmobilisme.
Mieux vaudrait parler dévolution technique dailleurs
que de progrès. Les connaissances au service du produit et non linverse.
La connaissance évite de confondre les choses, de penser que
cest tel facteur qui est important plutôt que tel autre.
Le progrès apparaît parallèle et inclus dans lévolution
des AOC. Un progrès partiel, un progrès fragmenté
où lon cherche à ne résoudre quun problème
aboutit éventuellement à certaines erreurs : choix de
mauvais clones, systèmes de plus en plus sophistiqués
ou artificialisés. Un progrès fragmentaire peut être
en effet parfois dangereux. Par contre si lon appréhende
le progrès dans lensemble du système, dans la globalité
de ce système, il est apparu que la tradition na rien à
craindre du progrès technique. Lorsque lon recherche à
considérer les différents éléments de ce
système pour dune part le comprendre, pour le connaître
et pour le caractériser (le produit comme les pratiques comme
les systèmes) et ensuite le mieux maîtriser : le progrès
devient positif. Partir des pratiques qui sont celles de la tradition,
le raisonner, les expliquer et les formaliser, aboutit à des
techniques dans lesquelles les connaissances sont au service du produit
et non linverse. Il est possible de faire du progrès technique
un ferment damélioration qui non seulement protège
la tradition mais permet même de faire en sorte que les caractéristiques
du terroir soient mieux valorisées, soient mieux exprimées.
Ce progrès technique doit tenir compte, pour autant, de tous
les facteurs et en particulier du long terme, il doit se mettre en perspective.
Il ne doit pas résoudre les problèmes à court terme. La tradition qui vaut est celle qui vit.
Nous nous sommes enfin penchés sur le problème de la transmission
de ce savoir, car même si nous arrivons à laméliorer
par une meilleure connaissance, comment le transmettre ; la formalisation
des connaissances, la recherche est indispensable pour que lon
puisse faire cette transmission. La transmission de lart se fera
toujours par apprentissage sur le tas malgré tout. Nous irons
beaucoup plus vite lorsque lon aura formalisé un ensemble
de choses ou de méthodes. La méthodologie, lappréhension
des problèmes sont des éléments qui peuvent servir
à avancer de façon plus cohérente et plus lucide
même si certaines décisions doivent être prises à
court terme. Quel est le rôle de lINAO à lintérieur de cet ensemble : codifier les techniques à lintérieur des décrets ?
Personne ne pense quil soit possible et logique de préciser
les limites techniques ou les barrières. Cest plutôt
le syndicat lui-même dêtre le conservateur codifié
et formalisé de ces pratiques. Le syndicat doit avoir ces propriétés
et la responsabilité du choix des techniques qui garderont la
typicité du produit et son originalité sans pour autant
négliger une amélioration possible, surtout si les techniques
vont dans le sens de renforcer la qualité et la typicité
du produit. La Commission technique qui existe déjà dans
le secteur viticole pourrait être sans doute instaurée
aussi dans les autres secteurs avec profit, avec également une
commission plus générale. Qualité et typicité : des notions différentes.
La typicité nest plus un néologisme, cela répond
à un besoin, cest le caractère de létat
de ce qui est typique mais il reste à définir les types
qui répondent à loriginalité à laquelle
correspond le produit AOC. Différence entre qualité et
typicité : la qualité correspond au standard minimum dhygiène
et de technologies, cest le point de départ de ce qui est
implicite. Un exemple sur les fromages dappellation a été
donné. Lorsque les professionnels ont commencé à
travailler ils ont listé les défauts à ne pas rencontrer,
on a abouti en premier lieu à un produit de qualité sans
typicité. En continuant ce travail la typicité est apparue,
aujourdhui la typicité du produit est positivement définie. Caractère immuable de la typicité.
Le groupe sest interrogé sur le caractère immuable
de la typicité. Il apparaît que cest surtout la qualité
qui évolue. La notion de terroir qui est à la base de
la typicité rend cette notion pratiquement immuable même
si lidée que lon se fait collectivement de la typicité
semble évoluer dans le temps. Peut-on créer une AOC ?
Peut-on créer une qualité, peut-on créer une typicité
? Certification ou agrément ?
La mission dintérêt général que nous
avons, consiste à veiller au respect de lautodiscipline
et donc à développer une idée de pédagogie
au départ plus que de répression. Pour cela un engagement
des professionnels est indispensable, le mot démotivation a été
très largement employé et bien sûr retenu. Lappellation,
cest un produit mais cest surtout la dynamique des hommes.
Si les hommes ne respectent pas les règles quils ont défini,
il ny a plus dappellation. Cette mission dintérêt
général doit être géré étroitement
entre les professionnels et lINAO. Certification ou agrément
: il ne faut pas quune certification du produit se substitue à
lidentité de ce produit. Les interventions mises en uvres
auprès des entreprises pour être efficaces doivent sétaler
dans le temps, être progressives et sadapter à chaque
secteur de production, voire à chaque région. Le suivi
des conditions de production doit éviter une concurrence déloyale
entre ceux qui respectent ces conditions et les autres. Ces contrôles
doivent prendre des voies : intransigeance pour ce qui concerne le respect
de la délimitation et pédagogie sur les autres conditions.
Bien évidemment, après la phase de pédagogie, si
lopérateur refuse de respecter les conditions, lINAO
doit avoir les moyens de sanctionner. Nous devons pouvoir moduler la
sanction. Autre problème : la multiplicité des organismes administratifs qui interviennent en matière de contrôles, bien souvent avec chevauchement. Il faut clarifier les attributions des différentes administrations. A la DGDDI, la circulation des produits ; à la DGCCRF, la fraude sur le produit ; à lONIVINS, le casier viticole et tout ce qui concerne les plantation ; et enfin à lINAO tout ce qui concerne le suivi des conditions de production. A lunanimité, la poursuite de lexamen analytique et organoleptique paraît indispensable afin de sassurer de la spécificité du produit AOC. Les procédures actuelles impliquant une dégustation par les jurys en majorité professionnels, dans de rigoureuses conditions danonymat semblent convenir. Il est confirmé que le contrôle de spécificité doit concrètement être effectué par les syndicats de produit en tant quorganisme agrée par lINAO. Les professionnels doivent rester les pièces maîtresses de ce contrôle. Contrôle de la qualité. Au terme de cette première phase de réflexion, les professionnels considèrent quils nont pas rempli la totalité de leurs obligations vis à vis du consommateur. Il est nécessaire dajouter à ce dispositif un contrôle de la qualité réalisé sur le quai dexpédition. Son objectif nest pas la sanction mais lélimination des produits dont la qualité est insuffisante, le droit à laccident pouvant être reconnu à chacun. Les membres du groupe ont jugé que linterprofession était le meilleur acteur de ce contrôle qualité sur le quai dexpédition. Notamment dans le secteur fromage, il manque aujourdhui une base juridique, ce contrôle qualité peut sengager dans le cadre dun processus de volontariat des entreprises. Par ailleurs, le contrôle qualité peut-être envisagé à laval mais les bases juridiques manquent. Il pose en outre le problème de partage des responsabilités par rapport aux manques de qualité constatés, entre le producteur, le négociant et le distributeur. il faut donc assurer léquité du traitement pour chacun. Néanmoins compte tenu de la nécessité de respecter le consommateur et malgré la complexité du problème, ce contrôle qualité aval doit être étudié et réfléchi dans sa faisabilité juridique. LAOC : une fusion
Depuis deux ans la commission Communication a essayé de positionner
ce que pouvait être la communication en matière dappellation
dorigine contrôlée. Une étude sur la perception
que pouvait avoir le consommateur en matière de produits dAOC
a permis de dégager au moins trois éléments essentiels
: Quelles sont les valeurs contenues dans le discours théorique
de lINAO ? Quelle est la réalité de ces valeurs
sur le terrain ? Quelle est la perception quont les consommateurs
des valeurs de ces produits dune part et les produits dits de
terroir dautre part ? La notoriété précède la reconnaissance en AOC
La notoriété précède la reconnaissance en
AOC, faut-il encore que la spécificité, le caractère
exceptionnel, la rareté, la complémentarité quil
a sur le marché, la demande qui sexerce de la part des
consommateurs, fassent que lINAO intervienne simplement pour acter
le fait que ce produit a véritablement une dimension dappellation
dorigine. Ceci est aussi un élément essentiel. Le
produit AOC appartient au patrimoine collectif et régional, il
doit faire vivre les AOC. Cest notre façon de défendre
ce patrimoine. Le système dAOC ne peut pas, aussi difficile
que soit lexercice intellectuel, garantir la qualité dun
produit puisque la qualité est une conséquence logique
du respect du décret dappellation. Ce qui génère
lappellation, cest bien sa typicité, cest bien
sa différence et donc son origine. LINAO a pour mission
de garantir cette origine. Spécificité, typicité
et unicité. La tradition et le savoir-faire, qui fait que le
tour de main de lhomme donne au produit un caractère inimitable,
se heurtent depuis quelques décennies à la dérive
industrielle ou technologique qui sont également dangereuses.
Sommes nous effectivement dans la situation de ne pas céder sur
une pression illusoire dun marché qui peut être un
marché de mode ? Cest en tout cas le discours que nous
devrons maintenir parce que si nous abandonnons ceci, nous abandonnons
lesprit de lAOC. LAOC est avant tout lexpression
dune diversité et cest cette diversité qui
fait notre plus grande cohérence. Cest sur ce concept quil
va falloir développer un langage unitaire et uniforme : lexpression
de ce qui permet le miracle de lAOC à travers la valeur
ajoutée quelle peut dégager. Laddition de
ce terroir, de la variété animale ou végétale,
de la tradition et du savoir-faire de lhomme va faire ce produit
inimitable. Voilà le cadre dans lequel tous les syndicats peuvent
évoluer librement. Ils ont le droit, le devoir de gérer
leur appellation dans le cadre, non pas dun syndicat professionnel
mais dun syndicat produit. Il peut arriver que ces syndicats franchissent
le bord du cadre. Alors lINAO intervient pour dire aux gens des
appellations, vous êtes sortis, on vous demande de faire
demi-tour pour rentrer dans le cadre parce que la propriété
collective de votre appellation engage aussi lensemble des autres
appellations chaque fois que vous Prendre en compte le temps !
Ce groupe a travaillé en examinant ce que supposait dabord
laménagement du territoire et ce que supposait une réflexion
sur laménagement du territoire. Cette réflexion
a abouti dabord à mettre en évidence la nécessité
de prendre en compte le temps. Il sécoule en moyenne dans
une opération daménagement du territoire à
peu près 20 ans entre la conception et la réalisation,
et à peu près 20 ans entre la réalisation et le
fait de mesurer les effets, au total des cycles de temps dune
quarantaine dannées. Cette prise en considération
du temps nécessite automatiquement davoir une vision de
ce que sera lavenir, donc de ce que sera lévolution
de notre société. Il ny a pas daménagement
du territoire sans prévisions et cette vision pour ce qui concerne
les rapports entre AOC et laménagement du territoire doit
intégrer ce que lon a appelé la citadinisation ou
lurbanisation des modes de consommation. Un coup de soleil dans la grisaille. LAOC, dans ses projections davenir, trouve une place dans des modes de consommation qui seront des modes alternatifs à celui qui risque de se développer sur des produits banals, un espèce de coup de soleil dans une grisaille de consommation citadine qui risque de se généraliser. LAOC trouve sa place dans son contenu rural, terroir ou pays, et dans les racines rurales quelle peut symboliser. LAOC trouve sa place dans sa propre dynamique économique, dans une dynamique sociale, accueil et partage dun certain nombre de valeur des zones dappellation et dans une dynamique écologique à travers la gestion de lespace quinduit automatiquement la production dappellation dorigine. Mieux protéger les aires dappellation pour avoir un aménagement du territoire de meilleure qualité ! Autrement dit cest laire dappellation dorigine au service des territoires. Il faut pour cela renforcer les outils de protection des aires dappellation, avec une notion de progressivité en fonction de la justification de lemprise. Une différence existe entre une aire détruite par une emprise douvrage dintérêt national et une aire dappellation amputée parce quun maire a décidé de mettre une zone pavillonnaire. LAOC na pas vocation de bloquer laménagement du territoire sous prétexte de vouloir protéger ses zones à tous prix. Une idée a été émise ; créer une commission sur le principe de la commission nationale sur laménagement foncier qui verrait quelle doctrine proposer dans la compétition quil peut y avoir entre aménagement du territoire et protection des espaces dappellation. Enfin le maintien dun savoir-faire et des productions fondés sur des savoir-faire traditionnels maintient automatiquement un caractère traditionnel aux espaces qui y sont consacrés. Beaucoup dexemples montrent le lien très fort entre les conditions de production et lespace qui est généré par cette production. LAOC : produit de la culture et exception culturelle. Le concept dappellation va plus loin que le simple produit. Cest un concept beaucoup plus global qui véhicule derrière un contenu culturel et un contenu de service aux citadins en terme dimage dun terroir, image dun paysage, image de traditions. LAOC nest pas seulement une matière première, ce nest pas seulement un produit, il véhicule un concept plus global. Ce concept de lAOC induit une capacité évidente à maintenir la plus value sur le territoire de production. Mais nous revendiquons aussi que ce concept global devrait induire systématiquement une capacité à maintenir la plus-value au service du développement local. Or nous savons tous les obstacles juridiques qui sont posés au maintien de plus values sur la zone de production en particulier sur le conditionnement des produits. Nous avons émis lidée de revendiquer une exception culturelle de la même manière que lexception culturelle est revendiquée pour les ouvrages dart ou pour les émissions de télévision. Une exception culturelle pour permettre la valorisation locale des produits dAOC. |