Avis
relatif à la Listeria Monocytogènes
et Alimentation du Conseil Supérieur
d'Hygiène Publique de France
Séance du 8 sept. 92
Considérant que :
Diverses enquête épidémiologiques ont montré
que la listériose humaine connaît en général
une origine alimentaire. Listeria monocytogènes est un germe
ubiquiste, largement répandu dans l'environnement naturel (sol,
eaux, végétation naturelle, prairies et cultures) et qu'il
existe un portage asymptomatique chez l'homme et l'animal. Il est, de
ce fait, à l'heure actuelle, techniquement impossible de garantir
l'absence totale de Listeria monocytogènes dans les denrées
animales ou végétales brutes ainsi que dans les produits
manipulés ou transformés, à l'exception des produits
alimentaires ayant subi un traitement d'assainissement dans leur conditionnement
définitif ou conditionnés aseptiquement après traitement.
Des règles d'hygiène appropriées et scrupuleusement
appliquées tout au long de la chaîne alimentaire permettent
néanmoins d'éviter, ou de réduire à un très
faible niveau, la présence de Listeria monocytogènes dans
les aliments.
Considérant par ailleurs que :
La listériose humaine évolue essentiellement sous forme
de cas sporadiques parfois amplifiés de petites bouffées
épidemiques voire de véritables épidémies.
L'incidence de la maladie est faible (évaluée à
10 à 15 cas par million d'habitants en France par an) mais le
taux de létalité est élevé (20 à
30%).
Considérant enfin que :
Les données épidémiologiques montrent que certaines
catégories de consommateurs sont particulièrement sensibles
: il s'agit en particulier des femmes enceintes, des nouveau-nés,
des personnes âgées, des personnes immunodéprimées
(transplantations d'organes, cancers, sida), des personnes atteintes
d'affections intercurrentes (diabètes, maladies hépatiques
chroniques, maladies vasculaires et collagénoses, défaut
d'acidité gastrique).
La Section Alimentation du Conseil Supérieur d'Hygiène
Publique de France est d'avis que :
Des mesures de prévention rigoureuses doivent exister à
tous les stades de chaque filière agro-alimentaire afin de réduire
l'incidence de la Listériose humaine et de tendre pour l'ensemble
des denrées alimentaires vers une absence de Listeria monocytogènes.
A ce titre, chaque opérateur de la chaîne alimentaire,
à chaque stade depuis la culture ou l'élevage, la collecte
ou l'abattage, la transformation, l'entreposage, le transport, la restauration,
la distribution, jusqu'à l'utilisation domestique des aliments
par le consommateur final, doit prendre toutes mesures appropriées,
cohérentes avec la nature des produits alimentaires concernés,
pour éviter la contamination des aliments par Listeria monocytogènes,
en prévenir la multiplication, voire en assurer la destruction.
Dans ce but, outre les dispositions que doivent prendre les consommateurs,
chaque opérateur doit respecter scrupuleusement les exigences
réglementaires en vigueur relatives à la sécurité
alimentaire et pour ce qui le concerne en propre ainsi que de façon
concertée avec les autres partenaires de la filière, identifier
les procédés essentiels à la sécurité
des produits et assurer la détermination, la mise en oeuvre,
le suivi et la vérification des procédures de sécurité
appropriées (systèmes HACCP ou tout système équivalent).
Des guides de bonnes pratiques hygiéniques devraient être
conçus pour faciliter cette démarche dans chacun des secteurs
concernés.
Lorsque les possibilités actuelles reconnues et utilisables d'intervention
technique sur les produits et leur environnement permettent d'aboutir
à l'absence de Listeria monocytogènes, il y a lieu de
retirer de la consommation humaine en l'état les produits qui
se révéleraient contaminés. Entrent dans cette
catégorie les aliments spécialement destinés à
la consommation de populations à risque (aliments pour nourrissons
ou certains aliments spéciaux à usage médical par
exemple), ainsi que les aliments ayant fait l'objet d'un traitement
assainissant dans leur conditionnement définitif ou conditionnés
aseptiquement après traitement. cette attitude devrait également
concerner les aliments ayant subi un traitement d'assainissement et
susceptibles d'être recontaminés après traitement.
Pour les autres produits où la contamination ne peut être,
à l'heure actuelle, évitée et pour lesquels il
n'est pas possible de garantir totalement l'absence de Listeria monocytogènes,
il y a lieu d'interpréter la découverte de Listeria monocytogènes
à partir de l'ensemble des données épidémiologiques,
scientifiques, techniques, qui s'y réfèrent. Il y a lieu
également de graduer les mesures prises à l'égard
des produits en fonction notamment de leur nature, du stade de prélèvement,
de leur mode d'utilisation et de leur implication dans des accidents
liés à leur consommation, du taux rencontré de
Listeria monocytogènes et de leurs possibilités de développement
dans les produits concernés, des conditions générales
d'hygiène de leur environnement. Pour ces produits, en tenant
compte du fait que les données publiées dans la littérature
scientifique montrent que dans la très grande majorité
des cas, il n'a pas été constaté de Listériose
humaine liée à la consommation d'aliments renfermant moins
de 100 Listeria monocytogènes/g, on considérera cette
valeur comme le seuil maximum admissible au stade de la consommation
; lorsque des contaminations seront mises en évidence, des mesures
correctives pouvant aller jusqu'au retrait de la consommation en l'état
des produits contaminés seront immédiatement mises en
place.
L'application de cette tolérance doit être accompagnée
par l'observation permanente de ses conséquences sur l'évolution
de l'incidence de la Listériose humaine afin de réviser
le principe ou les modalités d'application si nécessaire.
Dans tous les cas, il y a lieu de rappeler que l'existence de cette
tolérance ne doit en aucun cas entraîner une diminution
de la vigilance de chacun des opérateurs concernés et
que cette tolérance ne saurait, en aucune façon, libérer
les opérateurs concernés de l'application des dispositions
juridiques relatives à l'obligation générale de
sécurité et à la responsabilité du fait
des produits défectueux.
Par ailleurs, il est souligné que l'information des catégories
de consommateurs à risque est indispensable et qu'elle doit être
effectuée systématiquement, par l'intermédiaire
des professions de santé à l'usage desquelles des informations
adaptées doivent être élaborées et diffusées.
Avis relatif à la Listeria Monocytogènes et Alimentation
du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France - 1992