LES
FROMAGES AU LAIT CRU. QUELLE REALITE ? QUEL AVENIR ?
Dans
le cadre du 6° Salon du Fromage et des Produits Laitiers et sous
le feu de lactualité, la conférence sur les fromages
au lait cru na pas ou peu éclairé les nombreux professionnels
présents et soucieux de sexpliquer dans la tourmente des
problèmes sanitaires actuels. Son mérite, et il est déjà
grand, est davoir mis ensemble les intervenants du secteur et
ladministration autour dune table et devant une audience
exigente et prête à semballer.
De réelles questions ont été posées :
- les problèmes de listéria nont pas de lien directe
avec les fromages au lait cru ou la pasteurisation.
- toute la chaîne doit se sentir concernée par la recherche
de la qualité, du producteur au distributeur, y compris le consommateur,
- il est nécessaire que les producteurs de fromages et de produits
laitiers, quils soient industriels ou fermiers, puissent canaliser
toute communication de crise et parler dune seule voix. Le discours
doit être réfléchi et dynamique. Il en va de la
crédibilité de tous. Le consommateur pour comprendre les
enjeux doit recevoir un message clair. Ce nest malheureusement
pas le cas aujourdhui.
Les
intervenants
Ouverture
de la Conférence - débat ; Panorama socio-économique
de la production de fromage au lait cru.
- Pierre Tinguely, Ingénieur Général Honoraire,
rédacteur en chef de la revue des Enil.
Deux
exemples de production de fromage au lait cru.
- Pierre Bobin, Société Fromagère de la Brie et
Luc Morelon, Groupe Lactalis
Contribution
scientifique à la gestion des crises
- Jean-Pierre Flandrois, Agence Française de Sécurité
Alimentaire des Aliments (AFSSA)
Les
consommateurs et le fromage au lait cru
- Alain Dubois, professionnel et Vincent Perrot, Association Consommation
Logement - Cadre de Vie.
Les
autorités de contrôle confrontées à la listeria.
La gestion des alertes.
- Jean-Christophe Tosi, Ministère de lAgriculture et de
la Pêche- DGAL et Olivier Pierre, Ministère de lEconomie,
des finances et de lIndustrie DGCCRF
Les
politiques de traçabilité mises en place par les producteurs.
- Jean-François Renard, Renard Gillard.
Compte-rendu
de la conférence-débat
Introduction
et Panorama rapide de la filière.
Daprès les statistiques officielles du Ministère
de lAgriculture et de la Pêche, la production française
de fromages sélève à 1 550 000 tonnes pour
1998, dont 200 000 tonnes de fromage au lait cru, soit 13% du total.
Ces fromages, majoritairement produits en PME et PMI, sous Appellation
dOrigine Protégée (AOP), génèrent
un chiffre daffaire annuel de 13 milliards de francs. Dans lUnion
Européenne, les fromages au lait cru représentent une
production de 700 000 tonnes, soit 40 milliards de FF hors taxes.
Deux
exemples de production de fromages au lait cru.
-
Intervention de M. Pierre BOBIN, Société Fromagère
de la Brie.
La Société Fromagère de la Brie, société
familiale fondée en 1939, compte 30 employés, transforme
4 millions de litres de lait par an, soit 15 000 à 30 000 L par
jour, et exporte 20% de sa production. Cette société travaille
encore manuellement du fait des volumes traités, et na
encore jamais rencontré de problèmes de présence
de Listeria monocytogenes. Pierre BOBIN attribue cette qualité
à la traçabilité existant sur lensemble de
la filière grâce à lutilisation de linformatique,
à leurs contacts directs avec les producteurs de lait, ainsi
quà leur politique dautocontrôle de la production.
En effet, des contrôles sont effectués à la production
et au ramassage du lait, sur les fromages à 48h, 21 jours et
33 jours daffinage, et à la fin de la Date Limite dUtilisation
Optimale (DLUO). Cette démarche leur permet de contrôler
le devenir de leurs produits et de les retirer du circuit en cas de
problème.
-
Intervention de M. Luc MORELON, Groupe Lactalis.
Le groupe Lactalis produit 24 fromages en AOC. Il sengage dans
sa politique qualité tant au niveau des producteurs
de lait, que de la transformation fromagère. Pour le camembert
au lait cru de Normandie, fromage à pâte molle très
sensible aux listeria, un accord spécifique de paiement du lait
passé avec le Syndicat Inter-Professionnel est en vigueur depuis
6 ans. La grille de paiement du lait est ainsi basée sur sa qualité
microbiologique (tests sur la présence de pathogènes :
listeria, salmonelles, E.Coli, Staphylocoques, levures butyriques).
Un système de primes et de pénalités est appliqué
au mois et à lannée : + 6 c / L de lait si absence
de pathogènes sur le mois, + 4 c /L si cest sur lannée.
Dans les usines, la démarche HACCP est appliquée, ainsi
quun système de contrôles et danalyses des
germes pathogènes réalisées en externe. Luc MORELON
compte ainsi commercialiser des produits sûrs, sains et bons.
Contribution
scientifique à la gestion des crises.
-
Intervention de M. Jean-Pierre FLANDROIS, Président de la commission
listeria de lAgence Française de Sécurité
Sanitaire des Aliments (AFSSA) et professeur de microbiologie à
la faculté de médecine de Lyon. Mise en place en juillet
1999, la commission listeria a pour mission de faire un bilan général
des connaissances relatives à la listeria, afin de déterminer
des seuils quantitatifs pour lanalyse et la gestion des risques.
Cette commission constituée dexperts en recherche médicale,
vétérinaire et en laboratoires spécialisés,
joue le jeu de la transparence en utilisant une littérature publiée
et donc accessible à tous. Un premier rapport sera diffusé
en mars 2000, avant le rapport définitif de juillet 2000. Le
public est invité à consulter les données du projet
sur le site internet opérationnel depuis décembre 1999.
Les
consommateurs et le fromage au lait cru.
-
Intervention de M. Alain DUBOIS, Président du Salon du Fromage,
crémier détaillant sur Paris, Directeur dune centrale
dachat de 200 détaillants. M. DUBOIS, fervent défenseur
des fromages au lait cru, souhaite conserver des produits aux qualités
gustatives satisfaisantes et traditionnelles, répondant aux attentes
des consommateurs.
- Intervention de M. Vincent PERROT, Association Consommation - Logement
- Cadre de Vie, association de défense des consommateurs depuis
1952. Une étude subventionnée majoritairement par la Direction
Générale de lAlimentation, menée en 1998
et 1999, montre que plus de 50% des personnes consomment des fromages
au lait cru, et pensent que ceux-ci ne doivent pas disparaître.
Par ailleurs, ils sont conscients que le risque zéro
nexiste pas et accepteraient un niveau de risque plus élevé
pour des produits traditionnels. Cependant, si un producteur obtient
de meilleurs résultats en terme de pathogénicité,
tous devraient saligner sur cette performance. De plus, le consommateur
pense à tort quun fromage dit au lait cru contient 100%
de lait cru. Enfin, une prévention insuffisante est effectuée
auprès des femmes enceintes, des personnes immunodéprimées
et des personnes âgées. Au vu de ces résultats,
M. PERROT déplore le manque dinformations scientifiques
sur les développements bactériens, et préconise
une transparence totale sur les produits (% de lait cru). Une campagne
de prévention par les médecins et les enseignants devrait
être mise en place afin de toucher les groupes à risques.
Les autorités de contrôle confrontées à la
listeria. La gestion des alertes.
-
Intervention de Jean-Christophe TOSI, Ministère de lAgriculture
et de la Pêche, DGAL. Suite aux cas de listeriose mortelle en
1987 causée par du vacherin suisse, une obligation de recherche
et dinformation sur listeria a été mise en place
par une directive européenne, qui fixe aussi des critères
quantitatifs à respecter. Ceci se traduit par des autocontrôles
chez les producteurs. En 1998, un décret français oblige
la déclaration des listerioses humaines. Dès lors la non-conformité
des produits est objectivée à un niveau réel. Il
est à noter quen 1990, 800 à 900 cas sporadiques
de listeriose ont été, recensés contre seulement
230 cas en 1998 (30% de mortels), grâce à lhygiène
de la traite et au respect des bonnes pratiques dhygiène
en fabrication. Ceci est en contradiction avec lexplosion médiatique
actuelle sur ce sujet.
- Intervention de M. Olivier PIERRE, Ministère de lEconomie,
des Finances et de lIndustrie DGCCRF, en charge de la distribution
des produits et de la gestion des crises, à la Direction générale
de la répression des fraudes en sécurité alimentaire.
Selon M. PIERRE, la mise en place des diverses réglementations
concernant lhygiène alimentaire a largement contribué
à la diminution du nombre de listeriose. La surveillance de la
propreté des locaux et des zones de stockage, ainsi que la formation
du personnel manipulant les produits ont permis datteindre des
niveaux de risque moins élevés. Par ailleurs, le système
de gestion des alertes en collaboration avec lInstitut Pasteur
sest beaucoup amélioré.
Les
politiques de traçabilité mises en place par les producteurs.
-
Intervention de Jean-François RENARD, Société Renard
Gillard, Fromagerie de 114 ans en production exclusive de Brie de Meaux.
Selon M. RENARD, lindustrie laitière française sest
nettement sécurisée sous la pression de ladministration
et des clients. Cependant, deux écueils sont à éviter
: une obligation de moyens plutôt que de résultats, et
des excès de langage nuisant à lensemble des produits
traditionnels français. M. RENARD souhaiterait une rémunération
étagée selon la qualité microbiologique du lait.
Comuniqué
de presse : Agathe LE BOCQ et Cécile PROUX,Elève
ingénieurs INA P-G. Service Presse SIA - tel : 01 49 09 64 07