Lait
: le bilan de l'année 1999
La conjoncture laitière, dépressive sur les huit premiers
mois de 1999, s'est bien améliorée par la suite.
L'assainissement du marché des produits industriels, très
sensible pour la poudre de lait, n'explique pas tout. En acceptant d'ouvrir
un dialogue sur les produits de grande consommation, la distribution
a également contribué à détendre l'atmosphère.
Autant d'évolutions à confirmer en 2000.
Les
surprises, bonnes ou mauvaises, n'ont pas manqué en 1999. Alors
que la France parvenait de nouveau à maîtriser son quota
(collecte en hausse 0,4% pour l'année civile), d'autres pays
dérapaient allègrement : l'Italie (+ 2%), l'Espagne (+
6%), le Portugal (+ 6%), l'Autriche (+ 3,8%) et même le Royaume-Uni
(+ 3%). Résultat : 1 MT de lait en plus dans l'Union européenne
(+ 1%). Fort heureusement pour les producteurs, le taux de matière
grasse du lait livré sur l'année semble s'être replié,
de manière non négligeable (- 0,25 à 0,50 g/l)
dans toute la Communauté, et en tout cas en France (-0,43 g/l).
On peut y voir la preuve de la maîtrise acquise par les éleveurs
dans la conduite de leur quota (matière grasse incluse) et, peut-être,
un premier effet de la réorientation des choix génétiques
en matière de sélection bovine.
La collecte européenne, plutôt abondante, aurait pu déboucher
sur une inflation des fabrications de beurre et de poudre. En fait,
celles-ci sont restées plutôt sages (+ 1% pour le beurre,
+ 2,5% pour la poudre de lait écrémé). Le relais
a été pris par un accroissement de 11% les fabrications
de caséines et par les fromages, dont la production a augmenté
de 50 000 à 60 000 T. Mais pas partout. Les fabrications progressent
dans l'Europe du Sud tandis que les pays d'Europe du Nord peinent à
égaler leur production de l'année précédente,
malgré les fortes progressions observées, à la
fin octobre, en Irlande (+ 10%) et au Royaume-Uni (+ 4%). En France,
les fabrications de fromages affinés de vache stagnent : 950
000 T en 1999, contre 955 000 T en 1998 (sur onze mois).
L'explication tient avant tout à la baisse des achats de fromages
enregistrée en France (plus de 1/2 point perdu en 1999, comme
en 1998) alors qu'elle continue de s'accroître de 1% à
1,5% par an ailleurs en Europe, par substitution entre les fromages
et d'autres denrées alimentaires. Faut-il invoquer un effet "Listéria"
au pays du fromage ? Toujours est-il que les achats de pâtes molles
se replient (- 2,7% en 1999 après - 2,9% en 1998). Même
chose pour l'emmental préemballé ou à la coupe
et les pâtes pressées non cuites, que l'on croyait durablement
tirées par la raclette. Seuls progressent les fromages frais
salés (+4 %), les fondus (+ 4%), les pâtes persillées
(+ 1,5%, Roquefort inclus) et les râpés (+ 3%). Les achats
de beurre (- 3% sur dix mois) et de lait de consommation (- 0,5% à
- 1%) ne sont pas mieux orientés. La crème, dynamique
ces dernières années, ne progresse plus. En revanche,
la demande de produits ultra-frais reste bien orientée (+ 2,8%),
quelle que soit la catégorie considérée : yaourts,
fromages frais ou desserts lactés frais.
Les prix de vente industriels en "deux fois net" ont stagné
en 1998
Les ventes de produits de grande consommation ont été
l'occasion d'un accord inédit, le 21 septembre, entre producteurs,
transformateurs et distributeurs. Alors que, globalement, les prix de
vente industriels (en "deux fois net") avaient stagné
en 1998 et à nouveau sur les trois premiers trimestres 1999,
une hausse technique a été consentie par la distribution
à compter du 1er octobre (en pratique au plus tard le 15 novembre),
malgré quelques difficultés dans le secteur des grossistes
et de la restauration hors foyer. De leur côté, les transformateurs
se sont engagés à répercuter ces relèvements
de tarifs sur la feuille de paie des producteurs, à hauteur de
3 centimes par litre entre le 1er octobre 1999 et le 31 mars 2000. Ainsi
a-t-il été possible d'amortir la baisse du prix du lait
telle qu'elle ressortait de l'indexation interprofessionnelle : 6,6
centimes au quatrième trimestre 1999 et 1,2 centime au premier
trimestre 2000. Deux chiffres qui disent bien la mauvaise tenue des
cours des produits de base sur la première moitié de 1999
et, quand même, le redressement opéré à partir
de l'été.
La filière revient de loin. Jamais le prix du beurre en bloc,
voisin de 19,20 F/kg au printemps 1999, n'avait connu pareil plancher
depuis 1981 (encore le prix d'intervention s'établissait-il,
à l'époque, à 19,35 F/kg, contre 21,53 F/kg aujourd'hui).
Jamais le cours de la poudre de lait écrémé pour
la consommation animale, qui s'est maintenu autour de 12,5 F/kg entre
décembre 1998 et mai 1999, n'était tombé aussi
bas et aussi longtemps depuis 1990, entraînant dans sa chute la
poudre de lactosérum (2,50 F/kg en février), déjà
secouée, dans certains de ses débouchés, par la
crise du porc. Si les dénaturations de poudre à destination
de l'aliment veau ont été très bien orientées
dès le début de l'année (pour finir en hausse de
6% à 7% en France comme dans l'UE), suite à la suppression
de la prime aux carcasses légères à partir du 1er
décembre 1998, il aura fallu attendre l'été et
la reprise des exportations européennes pour que s'amorce réellement
la remontée des cours.
Dès les mois de juin et juillet, les demandes de certificats
à l'exportation réaugmentent en fromages, après
qu'un frémissement fut apparu, un peu plus tôt, sur les
poudres écrémées et grasses. Mais le beurre et
le butteroil restent "scotchés". Les cours mondiaux
atteignent leur point le plus bas en juillet. Dans les trois mois qui
suivent, la poudre écrémée regagne 200 dollars
par tonne. En Europe, le secteur du veau de boucherie ne s'est pas couvert
en achats. L'Allemagne, désorientée par la perte de son
débouché russe en fromages, a pris des engagements sur
l'Italie en lait vrac et en fromages. Résultat : les poudres
écrémées et grasses regagnent 1 F/kg entre août
et décembre 1999. La reprise des activités fromagères
à la fin de l'été, du fait des exportations sur
pays tiers et d'une consommation intérieure européenne
soutenue à cette période, porte les cours du beurre vrac
à 20,20 F/kg, avant une petite rechute en fin d'année.
De toute façon, le marché du beurre se maintiendra sur
la corde raide aussi longtemps que la Russie ne renouera pas avec des
achats d'envergure.
La Commission européenne a joué un rôle, actif ou
par défaut, dans les évolutions divergentes des marchés
du beurre et de la poudre. Pour dégonfler le stock de lait en
poudre (qui devait atteindre 200 000 T au 1er janvier 1999), elle a
pris plusieurs mesures pour favoriser l'écoulement de la matière
protéique : les restitutions, relevées une première
fois en juin 1998 (poudre écrémée) et en novembre
(poudre grasse), ont de nouveau été ajustées en
février 1999. Même chose pour les restitutions sur les
fromages, relevées à quatre reprises (octobre 1998, février,
avril et juillet 1999). L'aide à la caséine a également
augmenté en février 1999, avant d'être rabaissée
en décembre (sur l'année, les fabrications avaient progressé
de 11% en France et dans l'UE). Depuis, la Commission a déjà
procédé à plusieurs réajustements, en octobre
et décembre 1999, des restitutions sur les poudres écrémées
et grasses (et à nouveau en janvier 2000) après la forte
reprise d'activité de l'automne dernier. Sur l'année 1999,
quelque 94 000 T de poudre de lait écrémé ont finalement
été portées à l'intervention (dont 3 275
T en France), tandis que 56 000 autres T étaient revendues par
adjudication à l'alimentation animale à partir de septembre
(auxquelles s'ajoutent 16 000 T en janvier 2000).
La Commission s'est montrée incomparablement plus discrète
dans sa gestion du marché du beurre, qui débutait pourtant
l'année au plus mal sur le plan des cours. Sa seule intervention
a consisté à diminuer, en janvier 1999, l'aide au beurre
pâtissier-glacier (- 1 F/kg) ! Les restitutions sur le beurre
et le butteroil n'ont pas été modifiées. La Commission
n'a même rien fait pour éviter l'entrée de 55 000
T de beurre d'intervention. Un stock qui lui permet de faire face à
une éventuelle tension sur ce marché, ce qui n'était
pas à sa portée à la fin 1998 (avec tout juste
3 500 T en stocks). Mais la Commission a fait savoir qu'elle n'envisageait
aucune modification des aides au secteur de la matière grasse
en 2000, quel que soit l'état du marché. Tout se passe
comme si la perspective de disposer en stock, à la fin 2000,
de 75 000 T de beurre et de 150 000 T de poudre de lait écrémé
la satisfaisait pleinement. Il n'en reste pas moins que les exportations
de beurre-butteroil (160 000 T) et de fromages (410 000 T) en 1999 apparaissent
comme les plus faibles de ces dix dernières années. Les
exportations de poudre écrémée (230 000 T + 50
000 T d'aide alimentaire à la Russie), de poudre grasse (565
000 T) et de lait concentré (330 000 T) se situent au contraire
dans la moyenne.
Des contraintes Gatt plus sévères que jamais
En application de l'accord de Berlin, les pays d'Europe du Sud vont
obtenir 900 000 T de quotas supplémentaires en 2000/2001. Comme
ces pays ont largement anticipé cette décision et que
le Royaume-Uni est contraint à réduire fortement ses livraisons
au premier trimestre 2000, il est probable que l'augmentation de la
collecte européenne devrait finalement rester assez limitée
en 2000, de l'ordre de 0,2% à 0,3%. Du côté des
débouchés, ont peut raisonnablement envisager un nouvel
accroissement de la consommation européenne de fromages (sans
doute plus timide que par le passé), un maintien des dénaturations
de poudres dans l'aliment veau (l'envolée en 1999 ne se reproduira
pas) et un maintien des utilisations de beurre par l'industrie alimentaire
(grâce à la faiblesse des cours). En définitive,
l'offre et la demande de produits laitiers dans l'UE devant à
peine augmenter, ce sont les exportations vers les pays tiers qui feront
une nouvelle fois la différence. De ce point de vue, on peut
espérer un redressement des ventes en 2000, en ce qui concerne
la poudre écrémée et les fromages notamment.
Une collecte sage, des exportations de poudre grasse stables (570 000
T) et des fabrications fromagères en légère hausse
devraient conduire à une légère diminution de la
production de beurre et de butteroil en 2000 (- 15 000 T), qui retrouverait
ainsi son niveau de 1998. Un surcroît d'importations, la stabilité
de la consommation intérieure et une légère augmentation
des exportations de beurre (175 000 T) devraient se solder par une augmentation
des stocks publics de 20 000 T environ (75 000 T au 31 décembre).
Le recours à l'intervention devrait dont être plus limité
qu'en 1999, dans la mesure où la Commission ne remettra pas sur
le marché une partie de son stock dans le cadre notamment, du
règlement relatif à la fourniture de produits laitiers
aux personnes les plus démunies. La question se pose également
avec le stock de poudre de lait écrémé. Que la
Commission mette à disposition 25 000 T (comme les années
précédentes) et qu'elle cède une partie de son
stock à l'alimentation animale, alors des livraisons à
l'intervention, même limitées, ne pourront pas être
évitées en juillet-août. L'année finirait
avec un stock public de l'ordre de 158 000 T.
Le prix du lait repart à la hausse
L'évolution des cours des produits industriels en 2000 va
également dépendre, et de l'évolution du dollar,
et des possibilités d'exportations subventionnées offertes
en année 6 du Gatt (1er juillet 2000 / 30 juin 2001) en l'absence
de possibilité de report des contingents non utilisés
les années précédentes. Le problème ne se
pose pas pour le beurre butteroil, compte tenu de références
historiques confortables. En revanche, pour les fromages et la poudre
de lait écrémé, tout doit être fait pour
exploiter, avant le 30 juin, des sous-réalisations estimées
à 200 000 T environ chacune. C'est le sens des demandes d'allongement
de la durée de validité des certificats d'exportation
adressées à la Commission européenne. Les choses
se présentent de manière plus difficile encore dans la
catégorie des "autres produits laitiers", constituée
notamment par les poudres grasses. La contrainte est sévère,
en volume (- 100 000 T) comme en valeur (- 150 millions d'euros). Puisque
des choix s'imposent, Atla a proposé, en accord avec l'administration
française, de supprimer les restitutions sur les laits concentrés
vrac, la crème vrac et la crème conditionnée à
moins de 30% de MG, d'étudier la possibilité juridique
d'un paiement séparé des restitutions "lait"
et "sucre" pour le lait concentré sucré et d'abaisser
par paliers, et non brutalement, la restitution sur la poudre grasse.
Cela étant, la tendance est à une légère
amélioration des cours des poudres de lait écrémé
consommation animale, des poudres grasses (17,07 F/kg contre 6,85F/kg)
voire du lactosérum (2,90 F/kg contre 2,70 F/kg). En revanche,
les cours du beurre devraient rester bien bas (19,70 F/kg, contre 19,75
F/kg). Mais compte tenu de la faiblesse des cours des produits de base
pendant la grande partie de 1999, le prix du lait à la production,
tel qu'il ressort de l'indexation, devrait se redresser tout au long
de l'année 2000 et laisse entrevoir une amélioration comprise
entre 1 et 1,5 centime en moyenne sur l'année. Contre une baisse
de 4 centimes (- 1,8%) en 1999. Reste une inconnue : la volonté
de la distribution d'inscrire son action, en 2000, dans le prolongement
de l'accord du 21 septembre.
Source : ATLA n° 68