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Octobre
2001
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Lavenir
de la production laitière française
Cest
à la prospective que lOnilait a consacré le numéro
de juin de ses «Cahiers» : à partir dun bilan,
chiffré et analytique, de lévolution récente
et de ladaptation des exploitations laitières françaises,
lOffice propose à ses lecteurs des éléments
de réflexion sur lévolution future de la production
laitière française et de ses structures. Au global, la vision
est plutôt optimiste.
En 30 ans, de 1969 à 2000, la Franc a perdu 85 % de ses exploitations
laitières. Leur nombre est passé de 850 000 à 126
000, et ce sont encore aujourdhui près de 5000 dentre
elles qui disparaissent chaque année, ce qui se traduit par une
progression de la référence moyenne de 7 000 litres par
an. Les zones défavorisées amplifient ce mouvement de restructuration
alors que les zones de montagne résistent et que les zones de plaine
se situent dans la moyenne nationale. Les zones périphériques
du «fer à cheval» laitier quant à elles, sont
les plus touchées par la déprise laitière.
Les formes sociétaires gagnent du terrain
Au 1er avril 2000, les 126 000 exploitations laitières
dénombrées produisent en moyenne 185 000 litres. 70 % de
ces exploitations sont encore sous forme individuelle, et si les formes
sociétaires ne représentent que 30 % du total en terme de
structure (18 % en GAEC et 12 % en EARL), on note cependant quelles
représentent déjà la moitié de la référence
laitière nationale (51 %) et quelles progressent fortement,
surtout les EARL, au détriment des exploitations individuelles.
Indépendamment de la structure juridique, en terme de taille, on
distingue, en fait, trois types dexploitations laitières,
dont les évolutions sont divergentes :
Les petites exploitations (12 %)
Elles sont surtout localisées en Rhône-Alpes, Auvergne et
Basse-Normandie. Peu intensifiées, elles ont un petit quota (environ
80 000 litres en moyenne), procurent aux exploitants un revenu disponible
faible et sont les plus nombreuses à disparaître (le point
dinversion entre les évolutions en baisse et en hausse se
situant aux environs de 190 000 litres, cest à dire quasiment
au niveau de la moyenne nationale de 185 000 litres),
Les exploitations spécialisés (40 % soit 57 000)
surtout concentrées en Bretagne, en Basse-Normandie et dans les
Pays de Loire, elles constituent le coeur de la production laitière,
Les exploitations diversifiées (également 40 %) Elles
développent en plus du lait, dautres productions (élevage
viande, cultures, hors sol, caprins).
Le lait : un poids majeur dans léconomie française
1997
148000 exploitations possédant des vaches laitières
Occupent : 17 % du territoire national, 30 % de la surface agricole
Contrôlent : 24 % des surfaces de céréales, 39 % des
surfaces en, 29 % du cheptel, 26 % du cheptel poulets de chair
Chiffre daffaires de la production : 51 milliards de francs
Chiffre daffaires de la transformation : 104 milliards de francs
1999
Le lait et les produits laitiers ce sont :
20 % à la balance commerciale agroalimentaire
18 % de lensemble de la balance commerciale française
Des chefs dexploitations moins nombreux et plus jeunes
Pour lOnilait, la restructuration que connaît le secteur laitier
depuis près de 20 ans, est la résultante de trois phénomènes
:
Le fort renouvellement des chefs dexploitations laitières
après la mise en place des quotas laitiers, qui a largement rajeuni
la pyramide des âges. Ce renouvellement, avec le remplacement des
petites exploitations par de plus grandes, a été favorisé
par les aides à linstallation dune part, le dispositif
daide à la cessation dactivité laitière
dautre part,
Le développement des formes sociétaires dexploitations
qui absorbent en moyenne 1,3 exploitations. La motivation principale de
ces regroupements est une meilleure organisation du travail et une meilleure
qualité de vie pour les exploitants,
La conjoncture laitière qui a amené des chefs dexploitation
à abandonner la production laitière au profit dautres
spéculations agricoles ou des jeunes à différer ou
annuler leur projet dinstallation.
La France conserve des productions spécifiques
Les ventes directes, qui ne représentent, on la vu, que 7
% de la collecte, concernent 8 100 exploitations pour 377 200 tonnes de
lait. Destinées aux fromages (58 %), à la crème et
au beurre (20 %) et au lait de consommation (17,5 %), elles sont en déclin
constant.
Les AOC, elles, se portent bien. Depuis que le Morbier et le Chabichou
ont rejoint la famille, elles sont au nombre de 40 : 37 fromages (dont
25 au lait de vache), 2 beurres et 1 crème. Les AOC fromages sont
situées principalement en Normandie (4 AOC), dans lEst, en
Franche Comté et en Savoie (14 AOC) ainsi que dans le Massif Central
(7 AOC). Ces AOC fromages représentent 16 % du volume de fromages
fabriqués en France. 5 % de cette production AOC est exportée,
en particulier le Roquefort, le Comté, et le Bleu dAuvergne.
Le lait biologique, enfin, représentent 96 millions de litres en
1999, soit 0,4 % de la collecte totale de lait de vache, avec 700 producteurs.
Il est principalement transformé en laits conditionnés et
en produits ultra-frais.
Les restructurations sont influencées par la conjoncture
Contrairement à sa réputation de stabilité, la production
laitière se révèle sensible à la conjoncture,
qui est identifiée comme un élément moteur dans les
décisions des producteurs laitiers.
Cinq paramètres entrent en jeu pour expliquer cet impact du contexte
économique sur la structure de la production :
Le niveau et surtout les variations du prix du lait et des co-produits
viande et céréales,
La pression réglementaire sanitaire et environnementale
et le niveau des contraintes, en particulier financières, qui en
résultent pour les exploitations,
Les différences dattractivité entre productions
concurrentes, par exemple le lait et les céréales,
Lévolution relative des conditions de vie entre les
différentes catégories socioprofessionnelles,
La visibilité à moyen terme sur lactivité
laitière qui influe sur les comportements de développement
et dinvestissement.
Une analyse des dossiers de cessations dactivité laitière
déposés à lOnilait conduit à penser
que, sur la période 1995-1998, 58 % des cessations ont été
liées à leffet de la conjoncture laitière et
42 % à des motifs démographiques.
Actuellement, lOnilait considère que seulement 10 % des disparitions
dexploitations sont encore liées à la conjoncture.
Celle-ci est perçue comme plus favorable par les producteurs, du
fait de laccord interprofessionnel sur le prix du lait de 1997,
du système français de gestion des quotas laitiers et enfin
de linconvertibilité structurelle des surfaces agricoles
dans certaines zones, en particulier de montagne.
57 000 ou 109 000 ? Dans 10 ans, combien restera-t-il dexploitations
laitières ?
Une projection effectuée par lOnilait estime que 57 000 à
109 000 exploitations laitières pourraient se maintenir en France
à lhorizon 2010.
Le chiffre le plus faible est le fruit dun scénario où
la conjoncture laitière deviendrait moins favorable quactuellement.
Résultat : 10 % de cessation dactivité en plus de
10 % dinstallations en moins, par rapport à la situation
actuelle provoqueraient la disparition supplémentaire de 35 000
exploitations laitières en 10 ans.
Evolution des quotas, CTE et environnement influenceront lévolution
de la production laitière
Evaluer la future conjoncture laitière est un exercice difficile,
qui repose sur de nombreuses incertitudes. Cependant, certains éléments
prospectifs permettent de mieux cerner cet avenir :
Des modifications dans la gestion des quotas ont été
proposées par un groupe de travail interprofessionnel animé
par lOnilait. Il sagit de la remontée en réserve
des sous-réalisations structurelles, de la généralisation
des bourses déchanges de quotas laitiers et de lautorisation
des GAEC partiels laitiers,
La loi dOrientation Agricole du 9 juillet 1999 prévoit
la mise en place de Contrats Territoriaux dExploitations (CTS),
avec une réflexion sur des CTE collectifs basés sur la production
laitière,
La politique environnementale a pour conséquence daugmenter
les contraintes de la production laitière avec les implications
du PMPOA : programme de maîtrise des pollutions dorigine agricole,
la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes)
qui sapplique aux produits phytosanitaires utilisés, la directive
«nitrates».
Lavenir de la production laitière est également conditionné
par les décisions prise au niveau communautaire, qui déterminent
léquilibre des marchés. Dans le secteur laitier, les
changements qui se préparent sont déterminés par
:
Lagenda 2000 signé à Berlin en mars 1999, qui
définit le cadre financier européen pour la période
2000-2006, une réforme de la politique agricole commune et une
adaptation de la politique régionale européenne,
Lélargissement de lUnion Européenne avec
lentrée des Peco.
Agenda 2000 : Les décisions communautaires conditionnent léquilibre
des marchés
LAgenda 2000 prévoit une baisse généralisée
des prix intérieurs européens, compensée par des
aides directes aux producteurs, afin de préparer laccroissement
de la demande mondiale, lélargissement de lUnion et
les nouvelles négociations de lOrganisations Mondial du Commerce.
Dans le secteur laitier, léchéance est fixée
à la campagne 2005/06 avec une baisse de 17 % du prix indicatif
du lait en trois étapes et de 15 % du prix dintervention
du beurre et de la poudre de lait écrémé, également
en trois étapes. Cette baisse sera compensée par une aide
directe aux producteurs. Le système des quotas serait maintenu,
sauf décision contraire entre temps, mais fragilisé, avec
une hausse de 1,23 % des références nationales en plusieurs
étapes.
Les conséquences logiques de lAgenda 2000 seraient une baisse
moyenne de 16 % du résultat courant pour lactivité
laitière des exploitations, baisse ramenée à 9 %
après prise en compte des gains de productivité. Les aides
directes représenteraient alors une moyenne 92 % du résultat
courant des exploitations laitières.
Les conséquences de lintégration des PECO sur la production
laitière française sont elles, plus difficiles à
cerner, les négociations nétant pas assez avancées.
Troisième niveau à prendre en compte, le contexte international
sera déterminé par les négociations qui se préparent
à lOrganisation Mondial du Commerce (OMC). La France qui
exporte près de 35 % de la collecte de lait, dont la moitié
vers des pays tiers est directement concernée par ces négociations.
Les poudres grasses y sont particulièrement sensibles avec 80 %
dexportations vers les pays tiers.
LOnilait table sur une conjoncture laitière stable jusquen
2005
De tous ces éléments, lOnilait conclut que la conjoncture
de la production laitière française devrait rester relativement
stable jusquen 2005 du fait que tous les mécanismes actuels
resteront en place pour réguler les cours. En revanche, après
2005, tout peut changer avec le démantèlement progressif
des mécanismes actuels de soutien des prix. Les producteurs laitiers
deviendront plus sensibles aux évolutions des marchés et
à leurs répercussions sur le prix du lait.
Du côté des contraintes imposées par la société,
on peut prévoir une plus grande exposition des exploitations laitières
aux attentes environnementales et de qualité des produits.
Dans les années à venir, phénomène dailleurs
déjà observé aujourdhui, la segmentation entre
produits laitiers devrait saccentuer. Dun côté
les produits moins sensibles aux fluctuations de prix, comme les produits
marketés des entreprises et les produits «territorialisés»
(produits sous appellation, labellisés, biologiques, produits fermiers)
; de lautre, les produits standards : premier prix pour la grande
consommation et produits industriels basiques, plus sensibles à
la concurrence et aux fluctuations de prix.
La segmentation des marchés laitiers : pour être moins
sensible aux fluctuations des prix
Cette segmentation pourrait conduire à terme à une différenciation
des laits en fonction de leur utilisation finale dès lexploitation,
avec un renforcement des exigences de qualité et de traçabilité.
Au total, lOnilait se montre assez optimiste sur le potentiel de
développement des exploitations laitières françaises,
grâce à la redistribution de quotas de production libérés
par les effets démographiques et à laugmentation des
quotas prévue à léchéance 2005. De plus,
ces évolutions devraient se traduire par une meilleure qualité
de vie des producteurs laitiers, une de leur principales aspirations.
Optimiste pour la production laitière française : lOnilait
lui reconnaît 5 atouts
En conclusion, lOnilait dégage cinq atouts de la production
laitière française, qui devraient lui permettre de réussir
la mutation qui se prépare. En premier lieu vient la jeunesse de
la population laitière, gage de dynamisme, de maîtrise technique
et de réactivité. Vient ensuite la taille des exploitations
: moyennes, elles seront flexibles et mieux insérées dans
leur environnement que de grandes structures ; la France dispose également
de terroirs à valoriser et aussi dune culture agricole largement
partagée par lensemble de la société française
; sans oublier que la profession sest doté de structures
professionnelles, publiques et privées, organisées et pourvues
de moyens qui donnent à la filière cohérence et réactivité.
Source : ATLA daprès «Le cahier de
lOnilait n° 2 - juin 2001»
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