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Janvier
2002
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La
consommation de lait et produits laitiers dans lunion européenne
Le lait et les produits laitiers sont consommés par tous les Européens,
mais les habitudes alimentaires sont très contrastées selon
les pays : Les Irlandais sont les plus grands buveurs de lait (160,8 kg)
; les Finlandais apprécient tout particulièrement le beurre
(8,4 kg) tout comme les Français (8,3 kg) ; les Hollandais sont
les plus grands consommateurs de produits laitiers frais (38,9 kg) ; les
Grecs privilégient le fromage (25 kg), suivis de près par
les Français (23,7 kilos) et les Italiens (20,2 kg) ; et les Danois
sont les plus grands amateurs de crème (13,4 kg) comme les voisins
les Suédois (10,6 kg). Par rapport à la moyenne européenne,
la France se situe dans le peloton de tête en matière de
fromage, beurre et produits laitiers frais, avec un léger fléchissement
pour le lait et la crème.
La
filière laitière Italienne
En mars 1999, laccord de Berlin a consenti une rallonge de quotas
laitiers. Loctroi de ce supplément a incité lInstitut
de lElevage, avec lappui de lOnilait, de la Fnpl, du
Ministère de lAgriculture et du Cfce, à mener une
étude afin dapprofondir la connaissance de la filière
italienne, et dapprécier son positionnement face à
la prochaine discussion européenne sur lavenir du régime
des quotas. Premier constat, depuis que les quotas ont été
mis en place, lItalie est structurellement importatrice de lait
et de produits laitiers : les volumes accordés en 1984 ne couvrent
en effet quenviron 70 % de ses besoins. Deuxième constat,
depuis que le système des quotas est entré en application
dans lUnion européenne, la filière laitière
italienne se trouve dans unes situation inextricable, défiant les
règles européennes de gestion de la production laitière
et accumulant dépassements, retards et pénalités.
Quotas laitiers en Italie : une situation confuse depuis le début.
Jusquen 1992, les quotas laitiers italiens ont été
gérés par les Associations de Producteurs de Lait, sans
notification individuelle aux producteurs. De ce fait, seuls les programmes
de cessation dactivité ont permis de faire face à
la réduction de la quantité nationale garantie, de 9 914
à 9 030 millions de tonnes. Pendant cette période, lItalie
a accumulé une sanction pour dépassement de 5 220 milliards
de lires. En 1994, lUnion européenne accorde à lItalie
un quota supplémentaire de 900 000 tonnes et solde les pénalités
financières par une transaction, en contrepartie de limplantation
dun système de références individuelles pour
les producteurs. Le système mis en place comporte alors un quota
A, basé sur la production 1988/89 et un quota B, destiné
à permettre la prise en compte de la croissance de la production
en 1988/89 et 1991/92, et essentiellement concentré dans le nord,
où la production est beaucoup plus dynamique. Les transferts de
quotas sont interdits entre régions de plaine et régions
de montagne et seules les petites exploitations de moins de 30 000 kg/an
peuvent acheter des quotas. Parallèlement, lItalie sengage
à réduire le quota B sur trois ans. Le total des quotas
A+B atteint 11,472 millions de tonnes pour une quantité nationale
garantie de 9,930 millions de tonnes, ce qui a généré
des dépassements chroniques, de plus en plus élevés
jusquen 1999 et lapplication de pénalités de
plus en plus lourdes par la Communauté Européenne. En résumé,
il est clair que la gestion des quotas italiens a toujours été
chaotique et largement en dehors des délais prévus par le
règlement communautaire. Dépassements, retards et pénalités
se sont accumulés. Cest ainsi que les producteurs nont
reçu la notification des dépassements et des pénalités
de la campagne 1993/94 quen décembre 1996, avec une sanction
globale de 379 milliards de lires (environ 1,3 milliards de francs), ce
qui a déclenché les manifestations déleveurs
et la création de Comités dAction en marge du syndicalisme
traditionnel. Au total, un contentieux permanent entre les producteurs
(et leurs syndicats), lEtat italien et les instances communautaires
a permis pendant des années détaler, de différer
ou de suspendre le paiement des pénalités par les producteurs.
Quand il sagit de mesurer sa production laitière, lItalie
reste fidèle à son image dEpinal. Les
chiffres, ou plutôt les estimations, y sont pour le moins peu
fiables, avec des résultats révisés plusieurs
années après la campagne laitière, tant à
la hausse quà la baisse. Les chiffres de production sont
peu fiables, et donc contestés Même lévaluation
du cheptel laitier fait apparaître des écarts allant, dans
les années 80, jusquà 500 000 têtes. Une Commission
denquête parlementaire, chargée de vérifier
les données des campagnes 1995 et 1996 (avec lappui des carabinieri)
a découvert de nombreuses étables fantômes et producteurs
à moins de 50 % de leur quota. LInstitut de lElevage
relève que les grandes régions de production du Nord de
lItalie sont étranglées par le manque de quotas, dautant
plus que le quota B, qui doit disparaître, bénéfice
surtout à ces régions, alors que les régions du Sud
sont en sous-réalisation chronique. Pour contourner leur handicap,
les éleveurs du nord anticipent un transfert des sous-réalisations
du sud en fin de campagne et certains dentre eux produisent jusquà
200 000 litres de lait excédentaire en prévision de ces
compensations. Ces dernières années, les dépassements
de production seraient en diminution, mais il est probable que le commerce
du lait noir, une pratique bien établie en Italie,
ait augmenté en parallèle. Celui-ci représenterait
environ 10 % de la production italienne et irait essentiellement du nord
vers le sud, blanchi à travers des étables fantômes
ou des quotas sans vaches, mais aussi à plus grande échelle
par les entreprises elles-mêmes au niveau des comptabilités
matières. Les accords de Berlin ont octroyé à lItalie
une rallonge de quotas de 600 000 tonnes en deux temps : 384 000 tonnes
pour la campagne 2000/01 et 216 000 tonnes pour la campagne 2001/02. 80
% de ces quotas ont été attribués aux régions
du nord, ce qui devrait diminuer les déséquilibres entre
le nord et le sud de lItalie mais le problème des transferts
de quotas du sud vers le nord nest toujours pas réglé.
De ce fait, ces quotas supplémentaires devraient permettre de réintroduire
du lait noir dans le circuit officiel, sans incidence sur
la production effective totale de lait en Italie. Les rallonges de quotas
de lAgenda 2000 nont pas tout réglé Parallèlement,
les éleveurs, leurs syndicats et lEtat se renvoient la balle
des pénalités accumulées depuis plusieurs années
et non prélevées sur les éleveurs. Mais à
tout le moins, comme la Communauté européenne exige lapplication
du système et a engagé une procédure dinfraction
à légard de lItalie, les éleveurs, qui
voient se rapprocher le risque de devoir payer un jour ces pénalités,
semblent aujourdhui modérer leurs dépassements de
quotas. En 10 ans, le nombre dexploitations laitières italiennes
a été divisé par deux : en 1990/00, il ne restait
plus que 77 000 producteurs de lait, produisant en moyenne 138 300 litres
par élevage. Ce sont les exploitations de plaine qui disparaissent
le plus vite grâce aux facilités de reconversion vers dautres
productions (plaine du pô) ou hors de lagriculture. Dans les
projections, on estime que le nombre de producteurs continuera à
diminuer, pour atteindre entre 50 000 et 60 000 dans 5-6 ans. Production
intensive et prix du lait élevé, cest le modèle
laitier dominant en Italie En revanche, les rendements laitiers par vache
augmentent, eux, rapidement, avec des niveaux moyens de 9 à 10
000 litres pour les provinces les plus productives de Lombardie. Le système
de production intensif maïs - Holstein, avec achat du
foin et des concentrés à lextérieur, les petites
surfaces des exploitations étant entièrement dédiées
au maïs - Holstein, avec achat du foin et des concentrés
à lextérieur, les petites surfaces des exploitations
étant entièrement dédiées au maïs ensilage
irrigué, apparaît comme le modèle dominant en Italie
avec la concentration des élevages laitiers dans le nord. Dans
le sud, de très grands élevages se sont constitués
en particulier en bufflonnes pour la production de mozarelle. Seule, lappellation
Parmigiano regiano exige un système réellement
contraignant en matière dalimentation animale avec suppression
de tous les ensilages. Ces systèmes intensifs se révèlent
fort coûteux, avec des coûts de revient de 2 F à 2,20
F par litre de lait, dont la moitié pour lalimentation. Cest
pour cette raison que les éleveurs italiens sont attachés
aux débouchés à prix élevés des fromages
DOP et du lait frais et craignent une libéralisation de la production.
LItalie a toujours enregistré des prix du lait à la
production nettement supérieurs à ceux des pays voisins.
Depuis la campagne 200/01, dans la plupart des régions du nord,
le prix du lait italien est indexé sur lévolution
dun panier de produits représentatifs des marchés
italien (environ 70 % sur différents fromages, le lait frais pasteurisé
et le lait spot) et communautaire (30 % sur des cotations allemandes du
beurre, de la poudre de lait écrémé et le Piémont
gardent leur indépendance. Dans le sud, en Campanie en particulier,
et en zone de montagne, le prix du lait est maintenu au dessus du prix
indexé du nord. Certains producteurs, généralement
de gros livreurs, tendent à sécarter de cette indexation
directe avec les entreprises sur fond de contestation du syndicalisme
agricole traditionnel. Quant aux coopératives, elles restent en
dehors de laccord dindexation et définissent leur prix
du lait en fonction de leurs résultats dans lesquels la vente des
fromages aux grossistes est essentielle. Un déficit structurel
en produits laitiers La production nationale couvre moins de 70 % des
besoins en produits laitiers de lItalie, le déficit étant
couvert par dimportantes importations (léquivalent
de 7,3 millions de tonnes de lait en 2000). Ces importations ne cessent
daugmenter (+ 10 % entre 1990 et 2000), notamment du fait du développement
des exportations qui ont doublé en volume en dix ans, pour passer
de 700 000 à 1,8 millions de tonnes déquivalent lait,
soit de 6,5 % à 15 % de la production nationale. LItalie
a fait le choix dimporter des matières premières à
transformer localement dans une industrie alimentaire puissante, plutôt
que dimporter des produits de grande consommation. Cest ainsi
que le lait vrac destiné à la production de fromages atteint
près du quart des volumes de produits laitiers importés.
La Bavière, toute proche, est le principal fournisseur de lItalie
en lait vrac, suivie par lAutriche en 1995 après son entrée
dans lUnion européenne alors que la France na pas suivi
la croissance de la demande italienne et ne pèse plus que 13 %
des volumes de lait vrac importés par lItalie. Quant aux
importations de crème, elles sont stabilisées autour de
80 000 à 85 000 tonnes, en provenance essentiellement dAllemagne,
le plus gros fournisseur, et de la France, qui détient sur ce segment
22 % de part de marché. Autre produit importé, là
encore, dAllemagne et de France : la poudre de lait écrémé.
Elle nest pratiquement pas fabriquée, alors que le secteur
du veau de boucherie est très développé en Italie.
On note que ces importations de lep ont beaucoup diminué depuis
1990, du fait des difficultés de lindustrie de lalimentation
animale italienne, et que le flux ont évolué au profit dachats
daliments dallaitement, les transferts pénalisant particulièrement
lAllemagne, tandis que la France a mieux résisté.
Pour finir sur ce sujet des importations, on ajoutera que les importations
de poudre de lait entier, produit utilisé dans la biscuiterie,
la chocolaterie et les 43 % entre 1990 et 1999, remplacées par
les ingrédients plus spécialisés. Confrontée
à ce manque de matière première, lindustrie
laitière italienne a fait le choix dune valorisation élevée,
à travers le lait de consommation et surtout les fromages. Ainsi,
cest près du quart du lait disponible qui est transformé
en lait de consommation. Une réglementation italienne stricte assure
une certaine protection de ce marché et le maintien de prix élevés
à travers des normes spécifiques. LItalie a fait le
choix de la valeur ajoutée Cette fabrication élevée
du lait de consommation sexplique par le fait que, en Italie, le
lait est considéré comme un aliment et non comme une boisson.
Il est surtout consommé chaud au petit-déjeuner. Le lait
frais occupe une position de leader sur ce créneau, mais sa position
est fragilisée par la progression du lait UHT et par celle des
autres produits frais. Le lait UHT se développe à partir
des importations : triplement entre 1990 et 2000, avec la domination de
lAllemagne (63 % des volumes), suivie par la France (27 %) et lAutriche.
En 1999, le leader Parmalat détenait 40 % du lait longue conservation
UHT en Italie. En revanche, les italiens sont de faibles consommateurs
de produits ultra-frais, yaourts et autres laits fermentés, même
si le niveau de consommation a progressé de plus de 60 % depuis
1992. Le marché est dominé par Danone, Yomo, Müller
et Parmalat. Grâce à Müller et à ses recettes
onctueuses et douces, lAllemagne est devenue le principal fournisseur
de yaourts et laits fermentés en Italie. En 2000, la France couvre
9 % des importations italiennes de produits ultra-frais, qui elles-mêmes
représentent 20 % des besoins du pays. Les fromages, point fort
de lItalie laitière En Italie, lindustrie fromagère
est très atomisé, avec plus de 1700 entreprises en 1997.
A une production de près dun million de tonnes, qui absorbe
plus de 60 % des disponibilités laitières italiennes, mais
surtout avec une grande diversité de produits, lItalie fromagère
dispose dun véritable atout : limage à létranger
des fromages italiens est très bonne et les exportations se développent.
Portés par leur renommée, leur typicité est lengouement
international pour la cuisine italienne, les fromages italiens rencontrent
de plus en plus de succès à létranger avec
un doublement des volumes exportés entre 1990 et 2000. LAllemagne,
la France et les Etats-Unis sont les trois principaux clients de lItalie
en fromages. La production est majoritairement tournée vers les
fromages frais, qui dominent avec plus de 40 %. Les fromages à
pâte dure, de type grana pèsent près de 30 % des fabrications
au lait de vache, suivis par les pâtes demi-dures : 9 % (Asagio,
Provolone, Fontal...). Les pâtes molles (Taleggio, Italico, Creszenza,
Quartirolo...) couvrent, elles, 14 % de la production. Les fromages dappellation
sous DOP constituent enfin, une spécificité italienne. 30
appellations, dont les plus célèbres sappellent Parmigiano
Reggiano, Grana Padano, Gorgonzola, Provolone ou encore Asiago, représentent
36 % de lensemble des fabrications de fromages en Italie, soit un
volume de 421 800 tonnes en 2000. A titre indicatif, en France, les AOC
fromagères ne représentent que 10 % de la production. Autre
point à noter : lincorporation de fromages dans les plats
traditionnels (pâtes) est une particularité italienne, mais
la mozarella reste le fromage le plus répandu en Italie. Les importations
italiennes de fromages représentent 300 000 tonnes environ, soit
plus de 25 % des besoins italiens. Elles sont constituées de fromages
de types italiens et de produits en blanc affinés ensuite en Italie.
LAllemagne est le premier exportateur de fromages en Italie avec
plus de 176 000 tonnes (52 %) en 2000. La France elle, pèse 18
% des volumes importés par lItalie. Même sil
sest réduit ces dernières années, lécart
entre le prix du lait en Italie et dans le reste de lEurope reste
conséquent. Seuls les quotas et une production laitière
lourdement déficitaire permettent de maintenir cette situation.
Pourtant, le gouvernement italien prône une sortie des quotas leur
gestion coûte cher, ils pénalisent le développement
de la production laitière italienne et permettent pas de profiter
de la demande en croissance. De plus, lincapacité du gouvernement
à gérer les quotas est devenu un problème politique
qui finit par gêner tout le monde. Lavenir du secteur laitier
italien voué au libéralisme ? Dune manière
générale, lItalie développe en matière
agricole une approche libérale des marchés, ce qui sexplique
par le fait que ses productions sont pratiquement toutes déficitaires
et que le pays a peu profité du système de financement des
excédents par des fonds communautaires. Du côté des
industriels laitiers, la libéralisation souhaitée par les
multinationales comme Parmalat, Danone, Kraft ou Galbani soppose
aux visions des petites entreprises coopératives ou privées,
liées aux fromages sous DOP. Nombre dacteurs sont convaincus
que la production nationale ne pâtirait pas dune suppression
des quotas et quun certain différentiel pourrait se maintenir
sur le prix du lait. Mais les petits producteurs feraient certainement
les frais de la restructuration drastique qui sen suivrait.
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