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Produits biologiques : une demande en quête doffre.
La carte de la collecte et de la transformation de lait biologique
reproduit assez bien la filière conventionnelle, à
léchelle du 1/400 ! Mais les choses vont si vite
en agriculture bio où lon part de très
bas, quune progression dun facteur 10 nest pas
exclue à lhorizon de quelques années.
Coup de projecteur avec le Scees et lOnilait.
Les statisticiens du ministère de lAgriculture (Scees)
viennent de se plonger, pour la première fois, dans le
lait biologique. Leur enquête met en lumière une
activité encore limitée mais qui ne demande quà
se développer. La filière part de très bas,
il est vrai, puisque les transformateurs français nont
collecté que 55 millions de litres de lait issus de lagriculture
dite biologique en 1998 (54 millions) pour le lait de vache et
1 million pour le lait de chèvre et de brebis). Cela représente
tout juste 0,24% de la production, à laquelle il convient
dajouter les ventes directes et celles effectuées
par le biais de distributeurs spécialisés, certes
présentées comme minoritaires sinon marginales.
La filière nest donc pas sortie de la confidentialité.
En lait de vache, la répartition géographique de
la collecte de lait bio respecte celle des grandes régions
laitières du secteur conventionnel. Le Grand Ouest (depuis
la Normandie jusquau Poitou-Charentes), avec 31 millions
de litres, et lEst (depuis la Lorraine jusque la région
Rhône-Alpes), avec 20,5 millions de litres, réalisent
la quasi totalité de la production. deux pôles particulièrement
dynamiques sont identifiés : Bretagne / Pays de Loire et
Alsace / Franche-Comté, cette dernière région
étant celle à afficher la plus importante part relative
de lait bio. La collecte de lait de brebis bio est intégralement
réalisée dans le bassin de Roquefort, le lait de
chèvre bio se localisant essentiellement dans lOuest
et le Sud-Est.
Une référence moyenne de plus de 152.000 litres.
Le Scees dénombre 412 producteurs de lait de vache biologique
(et 28 en lait de chèvre ou de brebis) en 1998. Grâce
aux informations communiquées par les entreprises, lOnilait
a pu identifier 159 dentre-eux. Un échantillon assez
représentatif sur le plan géographique, qui apporte
un éclairage supplémentaire intéressant.
On apprend ainsi quau 1er avril 1998, les producteurs bio
détenaient une référence moyenne de 152.672
litres contre 170.092 litres pour lensemble des exploitations
laitières. Ce chiffre conduit à un quota lait bio
de 63 millions de litres, pour une collecte effective de 54 millions
de litres. De fait, 74% des producteurs recensés enregistrent
une sous-réalisation moyenne de 36.600 litres en 1998/1999,
alors que 22% dentre-eux sont en dépassement brut
de 5.700 litres. Les producteurs bio se révèlent
ainsi presque trois fois moins souvent en dépassement que
la moyenne, alors que leurs sous-réalisations sont deux
fois plus importantes. LOnilait en retient, sous réserve
dune vérification approfondie sur plusieurs campagnes,
que les exploitations biologiques actuelles appréhendent
différemment des autres leur droit à produire :
(atteindre ne constitue pas une priorité absolue).
Le lait biologique est collecté par 66 établissements,
dont 61 ramassent du lait de vache. Ces derniers sont détenus
par 37 groupes laitiers, étant entendu que les coopératives
du Doubs dune part, du Jura de lautre, sont assimilées
à deux groupes. La collecte moyenne par groupe sétablit
à 1,5 million de litres, contre 60 millions de litres dans
le secteur conventionnel. En fait, il faut distinguer trois types
de collecteurs : les grands groupes laitiers nationaux (les trois
premiers intervenants regroupent 46% de la collecte bio, contre
42,5% dans le secteur conventionnel) ; des entreprises régionales
(spécialisées ou non en bio) ; enfin des coopératives,
parfois spécialisées, notamment en Franche-Comté,
qui réalisent des collectes modestes dont elles confient
la commercialisation voire la transformation à des groupes
plus importants.
La collecte du lait de brebis bio intéresse 4 groupes qui
ne traitent que cette matière première, alors que
le lait de chèvre bio est collecté par 3 groupes
déjà présents dans le lait de vache (le secteur
caprin nest cependant jamais prédominant dans leur
activité, souligne lOnilait).
La transformation du lait bio est réalisée dans
61 ateliers, dont 56 traitent exclusivement du lait de vache.
Comme la collecte, ce secteur présente une grand diversité.
Les trois principales usines (plus de 5 millions de litre de lait
de vache) totalisent 49% des fabrication, contre 12% pour les
36 plus petits ateliers (moins de 500.000 litres). La répartition
géographique des sites de transformation et des fabrications
sapparente en général à celle de lensemble
de la filière laitière, à quelques spécificités
près.
Les laits de consommation représentent 57% des fabrications.
Si les productions biologiques de fromages frais et affinés,
de lait conditionné, de crème conditionnée
et de beurre concernent les régions traditionnellement
productrices, lultra-frais fait figure dexception.
Il est en effet très dynamique en bio dans deux régions,
la Lorraine et la Bretagne, où ces productions noccupent
quune place secondaire. Lultra-frais bio tient une
place importante en Rhône-Alpes, mais cela se vérifie
aussi en conventionnel.
La grande originalité de la filière laitière
biologique tient à la place quy occupent les laits
de consommation dans le débouché final : ils représentent
57% des fabrications (contre 19% en conventionnel). Les fromages
valorisent 26% du lait bio (contre 40%), les fromages frais 2%
(contre 5%), lultra-frais 10% (contre 8%), la poudre 5%
(contre 28%).
Le Scees observe que les nouveautés se multiplient
sur le créneau des produits frais ou ultra-frais bio. La
production de yaourts, de laits fermentés et de desserts
lactés a atteint 5.500 tonnes en 1998. Les fromages bio
restent en revanche peu nombreux, à linverse
de ce qui se passe au Danemark ou en Autriche. Lan
passé, on a comptabilisé 2.200 tonnes de fromages
de vache, pour lessentiel des fromages frais, du comté,
de lemmental, du reblochon et du camembert, et 210 tonnes
de fromages de brebis, surtout du roquefort. La production de
fromages de chèvre bio demeure pour sa part insignifiante.
Les fabrications les plus importantes (lait de consommation et
ultra-frais) sortent dateliers pour lesquels le bio ne constitue
quune diversification, observe lOnilait. La part de
ces productions réalisées par des ateliers spécialisés
est faible : 1% en lait de consommation et 15% en ultra-frais.
A linverse, 50% à 60% des fromages bio et 25% des
beurres bio sortent de fabricants spécialisés. La
crème conditionnée se situe dans une position intermédiaire,
les ateliers spécialisés réalisant 12% des
fabrications. Il sagit alors, le plus souvent, dun
sous produit dune fabrication de fromages bio. A elles seules,
les trois plus importantes usines bio élaborent 75% à
95% du lait conditionné, de la crème conditionnée
et de lultra-frais, et 30% à 65% des fromages et
du beurre.
6,30 F pour un litre de lait bio.
Le lait bio a représenté 0,7% des achats de laits
liquides en 1998, indique lOnilait, citant Secodip. Les
ménages lont payé 6,30 F /l en moyenne, contre
3,70 F/l pour le lait conventionnel. Seuls 5% des ménages
ont acheté au moins une fois du lait bio dans lannée.
Il sagit dune population plutôt moins consommatrice
de lait que la moyenne des Français (106 litres, contre
121 litres), qui consacrent 15% de leurs achats de lait au bio,
ce qui indique une fidélité assez bonne.
Les acheteurs se recrutent majoritairement parmi les 35-49 ans
de catégorie socio-professionnelle moyenne supérieure,
en région parisienne et dans les villes de moins de 50.000
habitants du Sud-Est et du Sud-Ouest. Les acheteurs dultra-frais
bio se recrutent également dans lEst, et dans les
villes de plus de 50.000 habitants. Ils sont plus âgés
(50-64 ans), appartiennent à des ménages plus réduits
(1-2 personnes au lieu de 3-4 personnes pour le lait bio) et aux
catégories sociales moyennes. Près de 8% des ménages
ont acheté de lultra-frais bio au moins une fois
dans lannée. Bien quétant plus consommateurs
que la moyenne (75 kilos, contre 64 kilos), leurs achats ne totalisent
que 0,4% des achats dultra-frais. Le prix dachat moyen
sétablit à 23 F/kg en bio, contre 13F/kg en
conventionnel.
Plan de relance : un doublement potentiel.
Début octobre, lOnilait avait validé 28 projets
dentreprises dans le cadre du plan de développement
du lait biologique lancé en 1998. Lengouement est
particulièrement marqué dans le Grand Ouest. Le
lait de vache intéresse 25 projets pour 385 producteurs,
les laits de chèvre et de brebis 3 projets pour 14 producteurs.
Les dossiers présentés ne bouleversent pas la hiérarchie
des fabrications, même sils traduisent un intérêt
nouveau pour les fromages (dans la moitié des projets,
lentreprise ou le groupe dentreprises conforte ou
lance une fabrication de lait de consommation et/ou de fromages).
Les producteurs de lait de vache en cours de conversion disposent
dun quota supérieur à la moyenne des producteurs
: 179.532 litres, contre 170.092 litres, leurs exploitations se
distinguent par une surface fourragère permanente supérieure
(58 ha, contre 44) - où domine lherbe - et un chargement
inférieur (0,6 vache par ha contre 1,5). Ils apportent
66 millions de litres de lait bio, présageant un large
doublement de la production. Mais il reste de la marge, le Scees
rappelant que lInra évalue les besoins nationaux
en lait bio à 500 millions de litres à lhorizon
2000.
Sources : Onilait : Présentation de la filière
du lait biologique en 1998 et de ses perspectives (Programmes
dentreprises accompagnés par lOnilai)
- conseil de direction du 7 octobre 1999. Scees : Le bio
encore dans la confidentialité - Agreste primeur
n° 62, juillet 1999.